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Comment devient-on écrivain ? Julie Fuster


On ne devient pas écrivain parce qu’on a « quelque chose à dire ». On devient écrivain parce qu’on accepte de passer des années à ne pas savoir comment le dire, à se heurter à des murs techniques, à recommencer, à douter, à apprendre. L’écriture n’est pas un don mystérieux : c’est une discipline longue, parfois ingrate, souvent jubilatoire, toujours exigeante.

 

 

Devenir écrivain n’est pas une révélation, mais une durée

Julie Fuster le dit d’emblée : devenir écrivain n’a rien d’un moment magique. C’est un temps long, presque déraisonnable. Vingt années passées à apprendre à écrire de la fiction, à se confronter à ce qu’elle appelle très lucidement des « murs techniques » : comment lancer une histoire, comment construire une intrigue, comment faire évoluer un personnage, comment créer une scène lisible et signifiante pour un lecteur extérieur. Pendant longtemps, elle écrit à l’instinct, avec des thèmes forts, des intuitions justes, mais sans les outils pour leur donner une forme narrative maîtrisée.

« Pendant longtemps, j’ai essayé d’écrire de la fiction à l’instinct. Les thèmes étaient là, les personnages aussi, mais je ne savais pas ce que c’était que raconter une histoire. »

Ce constat est central. Il rappelle une vérité que beaucoup refusent d’entendre : avoir une sensibilité littéraire ne suffit pas. L’écriture de fiction est une pratique technique, au sens noble du terme. Elle suppose l’apprentissage patient de la dramaturgie, de la construction des scènes, du rythme, du dialogue, du point de vue. Non pour normaliser les textes, mais pour leur permettre d’exister pleinement.

Peut-on enseigner l’écriture ? Oui. Peut-on enseigner le désir d’écrire ? Non.

La réponse de Julie Fuster à cette question est sans ambiguïté. Oui, l’écriture s’enseigne. Et elle devrait l’être bien davantage. Enseigner l’écriture de fiction, ce n’est pas fabriquer des auteurs en série, mais donner des outils de lecture du réel, de structuration de la pensée, de mise en récit de l’expérience.

« On peut enseigner des bases d’écriture. On peut expliquer comment une histoire se construit. Ce qu’on ne peut pas enseigner, c’est la passion nécessaire pour y consacrer autant de temps. »

Former à l’écriture, c’est apprendre à repérer les failles d’un récit, à comprendre pourquoi une scène ne fonctionne pas, pourquoi un personnage sonne faux, pourquoi une intrigue s’effondre. C’est aussi, paradoxalement, un excellent moyen de progresser soi-même. Corriger les textes des autres affine le regard, aiguise la lucidité, et rend plus exigeant envers son propre travail.

Les histoires servent à survivre, pas à décorer le monde

À quoi servent les histoires ? La réponse de Julie Fuster est profondément anthropologique. Les histoires servent à se sentir moins seul, à comprendre ses propres failles à travers celles des autres, à traverser les différentes étapes de la vie sans s’effondrer.

« Les histoires sont un besoin vital. Elles nous apprennent à reconnaître où nous en sommes dans notre vie, et à traverser ce stade sans nous détruire. »

Lire Frodo luttant contre un destin démesuré, ce n’est pas fuir le réel : c’est apprendre à relativiser ses propres combats, à leur donner une forme, un sens, une échelle. Les récits nous aident à penser la transformation, le passage, l’évolution — individuelle et collective.

Le Zeitgeist exige des récits de doute, de collectif et d’espoir lucide

Pour Julie Fuster, les histoires dont nous avons besoin aujourd’hui ne sont ni simplistes ni consolatoires. Elles doivent assumer le doute, la complexité morale, la fragilité des certitudes.

« Je pense que le doute rend intelligent. Nous avons besoin de personnages qui doutent, pas de personnages pétris de convictions. »

Dans un monde fragmenté, saturé de discours antagonistes, la fiction a une fonction irremplaçable : recréer du collectif, faire dialoguer des points de vue, rendre intelligible la complexité sans la réduire. La fiction devient alors un espace de pensée, et non un simple divertissement.

Le travail de réécriture avec l’éditeur : un dialogue, pas une violence

Le parcours de La femme coupée en deux illustre avec précision ce qu’est un véritable travail éditorial. Loin du fantasme de l’auteur solitaire, Julie Fuster décrit un processus de dialogue patient avec son éditrice, fait de questions, de reformulations, de déplacements successifs.

« Mon éditrice ne m’a jamais dit “ça ne marche pas”. Elle m’a demandé : “Parle-moi de ça.” »

Changer de point de vue, développer le réseau de personnages, déplacer le centre de gravité du récit : ces décisions ne sont pas des concessions, mais des approfondissements. Le roman gagne en densité à mesure qu’il accepte de se laisser transformer.

Écrire un roman, c’est avancer en spirale

Il n’y a pas d’ordre idéal. Ni d’abord le thème, puis la structure, puis le style. L’écriture de fiction est un va-et-vient constant entre ces dimensions. Julie Fuster commence par un personnage, le découvre par les scènes, laisse l’intrigue émerger, puis revient sans cesse sur l’architecture du récit.

« Quand on travaille le style, on redécouvre le personnage. Quand on retravaille l’intrigue, cela modifie la voix du texte. »

C’est un travail de spirale, pas de ligne droite. Et c’est précisément cette dynamique qui rend l’écriture à la fois épuisante et profondément vivante.

Lire comme un écrivain, copier pour comprendre, transformer pour créer

Lire est indispensable. Mais lire ne suffit pas. Il faut lire avec plaisir, puis relire avec méthode. Recopier des pages, étudier un dialogue, analyser un maillage de scènes, comprendre concrètement comment un effet est produit.

« Je n’ai aucun scrupule à apprendre de mes mentors. En fiction, c’est comme ça qu’on avance. »

Cette humilité active est au cœur de la formation d’un écrivain. Copier n’est pas plagier : c’est comprendre les gestes, les rythmes, les respirations de la narration, pour ensuite les transformer.

Le seul vrai conseil : être incapable de faire autre chose

Le conseil final de Julie Fuster est sans doute le plus honnête, et le moins vendeur.

« Pour écrire de la fiction, il faut être un peu pathologiquement incapable de faire autre chose. »

L’écriture est exigeante, peu gratifiante à court terme, saturée de doutes et de rejets. Si elle n’est pas une nécessité intime, elle devient vite un fardeau. Mais pour celles et ceux qui ne peuvent pas faire autrement, elle reste l’une des aventures intellectuelles et humaines les plus intenses qui soient.

L’IA ne menace pas les écrivains — elle clarifie ce qu’est une voix humaine

Julie Fuster n’exprime aucune crainte face à l’intelligence artificielle. Elle y voit un outil possible, jamais un substitut à l’expérience humaine.

« Personnellement, j’ai envie de lire des histoires écrites par des humains. J’ai besoin de sentir l’humanité derrière le récit. »

L’IA peut assister, suggérer, accélérer certaines tâches techniques. Mais elle ne remplace ni le doute, ni l’angoisse, ni le désir de comprendre le monde à travers une voix singulière. Et c’est précisément cela qui définit un écrivain.

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