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Récréer le monde à partir de sa destruction : l’espoir des histoires post apocalyptiques


Vous pensiez que l’époque allait se réfugier dans le feel good, le plaid et les histoires à la guimauve ? Raté. Que ce soit en romans, films, BD ou séries, le post apocalyptique continue de cartonner, et ce n’est pas parce qu’on aime les ruines. C’est parce que ces récits, de la Genèse à Fallout, ne racontent pas la fin du monde : ils racontent l’examen de passage de l’humanité. Et ils posent une question qui dérange : survivre, d’accord. Mais est-ce qu’on mérite de recommencer ?

On vit une époque qui donne envie de vérifier trois fois la fermeture des fenêtres et de se réfugier dans une comédie romantique où le plus grand danger est un quiproquo au rayon tofu. Et pourtant, le post apocalyptique prospère. Mieux : il se diversifie, il s’affine, il s’invente des angles neufs. Pourquoi ce succès ne se dément-il pas, alors que l’humeur générale ressemble déjà à un bulletin d’alerte ?

Parce que, depuis l’Antiquité, les récits d’apocalypse ne racontent presque jamais la fin. Ils racontent le redémarrage.

Dans les grands récits fondateurs, le cataclysme sert moins à faire tomber le rideau qu’à poser une question simple et terriblement actuelle : qu’est-ce qu’un monde “habitable” ? Le Déluge, Sodome, l’Apocalypse, mais aussi les cycles de destruction et de recommencement (qu’on trouve dans d’autres traditions) ont une logique commune : la catastrophe met l’humanité à nu, puis exige une réponse. Le post apocalyptique moderne hérite de cette structure et la transforme en laboratoire moral.
Aujourd’hui, quand une série comme Paradise (série, 2025– ; thriller politique post apocalyptique) enferme l’humanité dans une ville-bunker et la fait trembler à l’idée que la vérité sorte “à la surface”, elle rejoue la même dramaturgie : un monde a pris fin, un autre a été bricolé, et il suffit d’une fissure pour tout reconfigurer.

1) Le genre n’est pas une célébration du désastre : c’est un examen de passage

Le post apocalyptique est souvent lu comme un festival de ruines. C’est une erreur de diagnostic (fréquente, mais pardonnable : les ruines font de belles affiches). En profondeur, le genre tourne autour d’un noyau : la refondation du pacte humain.

Trois grandes questions reviennent, avec l’obstination d’un métronome tragique :
-Peut-on rester humain quand les institutions disparaissent ?
-Faut-il “sauver” l’espèce, ou sauver ce qui la rend digne de survivre ?
-A partir de quoi reconstruit-on : la loi, la foi, la famille, la violence, le soin ?


C’est exactement ce que résume La route (The Road, roman de Cormac McCarthy, 2006) : non pas “comment survivre”, mais comment ne pas devenir la chose qui survit. Le monde y est un champ de cendres ; l’enjeu, lui, est une éthique minuscule et têtue, transmise comme un feu.

Et c’est aussi ce que la franchise 28 remet au centre avec une netteté brutale : dans 28 ans plus tard (28 Years Later, film, 2025) puis 28 ans plus tard : le temple des morts (28 Years Later: The Bone Temple, film, 2026), l’horreur n’est pas seulement virale. Elle est sociale : clans, croyances, cultes, et surtout décisions morales prises “au présent”, quand chaque seconde coûte.

2) “Après la fin”, il faut un ordre : et c’est là que tout se joue

La grande idée post apocalyptique n’est pas “il n’y a plus de règles”. C’est : il y a trop de règles possibles.

Regardez le jeu de miroirs entre ces séries récentes :

-Snowpiercer (Snowpiercer, série, 2020–2024) : la fin du monde a produit un monde-locomotive où l’ordre social se voit, se compte, se verrouille wagon par wagon. Le train est une constitution en métal : stable, inégalitaire, inflammable.

-To the Lake
(To the Lake / Эпидемия, série, 2019–2022, d’après le roman Vongozero de Iana Vagner, 2011) : l’apocalypse devient intime. On ne “reconstruit” pas une nation, on tente de sauver une cellule familiale recomposée, fragile, traversée de rancœurs. La fin du monde sert à tester : qui suis-je pour les autres, quand la police, l’école et les habitudes n’existent plus ?


-Paradise (Paradise, série, 2025– ; Hulu) : le bunker fabrique une paix politique, mais au prix du secret. Ici, l’apocalypse est une machine à mensonges, et l’enquête demande : un ordre fondé sur la dissimulation mérite-t-il d’être sauvé ?

-Fallout (Fallout, série, saison 2 : 2025–2026) : l’ordre renaît en parodies concurrentes (corporations, factions, nostalgies militarisées), et le monde post nucléaire devient un musée sadique du XXe siècle. La question centrale est presque rabelaisienne : à force de survivre, n’est-on pas en train de rejouer les mêmes bêtises avec plus de costumes ?
Dans tous ces cas, le post apo n’est pas un “après”. C’est un entre-deux : une zone où les récits demandent au lecteur/spectateur d’assister à la naissance (ou à la déformation) d’un nouvel ordre.

3) Au-delà des barbares : les vrais tropes du genre

Voici les quatre grands “monstres” contemporains que le post apocalyptique met en scène, souvent en les hybridant :

Le complexe de dieu scientifique
Quand la catastrophe vient d’une maîtrise devenue folie (technologie, expérimentation, promesse de contrôle total), le récit attaque le fantasme moderne : tout prévoir, tout optimiser, tout réparer. Pluribus (Pluribus, série, 2025– ; Apple TV+) pousse ce démon dans une direction délicieusement inquiétante : une apocalypse… du bonheur. Un virus transforme l’humanité en esprit-ruche pacifié ; l’héroïne, immunisée, devient le grain de sable qui réintroduit le tragique (et donc la liberté) dans un monde “parfait”. Question dramatique implicite : si la paix exige la disparition du “je”, faut-il la refuser ?
La dystopie militaire et sécuritaire
Le bunker, la quarantaine, la zone, le mur : autant de dispositifs narratifs qui interrogent la même tentation politique. Paradise en est un bon exemple : protéger l’humanité en la mettant sous cloche, c’est aussi la mettre sous contrôle.

L’effondrement écologique
Le post apo rappelle que l’ennemi n’est pas seulement “un groupe armé” : c’est aussi un monde devenu impropre. Dans Snowpiercer, la catastrophe climatique est le cadre qui rend l’injustice “fonctionnelle” (on vous expliquera toujours que l’inégalité est nécessaire au bon fonctionnement du train).

les vagues d’extermination du vivant
Le virus (zombies, rage, pandémie), c’est la version la plus lisible : l’humanité confrontée à sa propre fragilité biologique. La saga 28 l’exprime avec une cruauté particulière, et The Bone Temple (2026) insiste, critiques à l’appui, sur le fait que l’horreur vient souvent autant des humains que des infectés.

4) Pourquoi c’est “rassurant”, paradoxalement

Le post apocalyptique est anxiogène en surface, mais il offre trois consolations puissantes (et très contemporaines) :

-Il donne une forme au chaos : une catastrophe, même atroce, a un contour narratif ; elle devient pensable
Il remet l’action au centre : quand le monde tombe, la question redevient : “que fais-tu, toi ?”
Il rend l’espoir concret : pas un slogan, mais un geste, un choix, une transmission

C’est pour ça que The Bone Temple peut être lu comme “optimiste” malgré sa noirceur : l’optimisme, ici, n’est pas la promesse que tout ira bien ; c’est l’affirmation que les décisions morales comptent encore.

5) La grande question, inchangée depuis les mythes

Au fond, votre ligne est la bonne : ces histoires martèlent une question mère, toujours reformulée, jamais épuisée :

L’humanité est-elle capable de survivre… et le mérite-t-elle ?

Le post apocalyptique ne dit pas “le monde est fini”. Il dit : “le monde peut être refait, mais à quel prix, et selon quels principes ?” Voilà pourquoi, même quand l’époque donne envie de cocooning, on revient à ces récits. Ils ne sont pas un refuge. Ils sont un miroir, parfois cruel, souvent salutaire.

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