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Écrire le roman d’une traite – Jørn Lier Horst


On fantasme souvent l’écriture “fluide”, instinctive, libérée de toute contrainte. Jørn Lier Horst démontre exactement l’inverse : écrire d’une traite n’est possible qu’au prix d’une rigueur extrême. Et si la continuité était l’un des outils les plus sous-estimés du métier d’écrivain ?

Il existe une expression qui fait rêver autant qu’elle inquiète : écrire d’une traite.
Pour beaucoup d’aspirants écrivains, elle évoque un fantasme — celui de la fluidité absolue, de l’inspiration continue, d’un texte qui jaillirait sans résistance. Pour d’autres, c’est une hérésie technique, presque une faute professionnelle.

Chez Jørn Lier Horst, c’est tout autre chose. Écrire d’une traite n’a rien d’un geste romantique. C’est une conséquence directe d’une méthode, d’un rapport extrêmement rigoureux à la logique narrative, au temps, et à la causalité.

« J’écris chronologiquement, du début à la fin. Et quand j’ai terminé, l’histoire est presque prête à être imprimée. »

Cette phrase, apparemment simple, contient une vision entière du métier.
Écrire d’une traite n’est pas écrire au hasard

Premier malentendu à dissiper : écrire d’une traite ne signifie pas écrire sans préparation. Chez Horst, c’est même exactement l’inverse. Son écriture continue est rendue possible par un refus absolu des zones floues.

« Je ne peux pas me permettre d’aller plus loin s’il y a un trou dans l’histoire. »

Pas de saut en avant. Pas de fin écrite avant le milieu. Pas de scène brillante posée en attendant qu’on y arrive plus tard. L’histoire avance comme une enquête, pas comme un collage.

Ce choix est directement hérité de son passé d’enquêteur. Une enquête ne progresse pas par éclairs d’inspiration, mais par enchaînement logique de faits, d’hypothèses, de vérifications. Horst écrit ses romans exactement de la même manière.

La chronologie comme outil de tension

Dans beaucoup d’ateliers d’écriture, on encourage à “écrire les scènes fortes d’abord”. Horst refuse radicalement cette approche.

« Je ne peux pas écrire la fin au début. Je dois avancer de manière logique. »

Pourquoi ? Parce que la tension narrative ne naît pas de scènes isolées, mais de la continuité du regard. Écrire chronologiquement oblige l’auteur à ressentir les mêmes ignorances que son lecteur. À ne jamais tricher avec l’information. À ne pas surplomber son récit.

C’est une contrainte sévère. Mais c’est aussi une arme redoutable pour maintenir une intrigue tendue, lisible, efficace.On vous a expliqué qu’écrire, c’était réécrire.
Reprendre. Corriger. Polir. Revenir en arrière. Encore.

Jørn Lier Horst fait exactement l’inverse.

Ancien enquêteur, auteur de plus de dix millions d’exemplaires traduits dans le monde, il écrit chronologiquement, du début à la fin, sans écrire la fin à l’avance, sans trous dans l’intrigue, et presque sans réécriture.
Dans cette interview, il affirme une idée dérangeante pour beaucoup d’aspirants écrivains :

Si vous n’arrivez jamais au bout d’un roman, ce n’est peut-être pas un problème de talent, mais de méthode.

Horst explique pourquoi :
– il refuse d’avancer s’il y a une faille logique dans l’histoire
– il écrit dans l’ordre, comme une enquête réelle
– il considère la réécriture excessive comme un piège pour débutants
– il respecte strictement les attentes du genre policier
– il écrit à partir de ce qu’il connaît intimement
– et pourquoi l’intelligence artificielle ne sait pas (encore) raconter des histoires humaines

Des personnages connus comme des “amis de longue date”

Autre élément clé de l’écriture d’une traite chez Horst : la série. Travailler avec des personnages récurrents rend possible une immersion immédiate.

« Reprendre l’écriture d’un nouveau livre, pour moi, c’est comme retrouver de vieux amis. »

Les personnages sont déjà là. Le décor est établi. Le monde narratif est stabilisé. L’auteur peut donc se concentrer sur l’enquête elle-même, sur sa progression, sur ses ramifications — et avancer sans s’arrêter.

Ce point est crucial : écrire d’une traite devient envisageable quand le monde ne résiste plus. Quand il est suffisamment connu pour ne plus bloquer l’écriture.

Presque pas de réécriture : une exception, pas un modèle universel

Cette déclaration a de quoi choquer, de la part d’un écrivain :

« Je n’aime pas réécrire. Je déteste la réécriture. »

Il faut la lire avec prudence. Horst ne nie pas le travail. Il le déplace en amont. La rigueur de la chronologie, l’exigence de cohérence, la familiarité avec son univers font que le texte arrive très près de sa forme finale dès la première version.

Ce n’est pas un argument contre la réécriture en général. C’est la preuve qu’il existe plusieurs économies du travail narratif — mais qu’aucune ne contourne la discipline.

Écrire ce que l’on connaît : un principe souvent mal compris

Le conseil qu’il adresse aux auteurs débutants est d’une sobriété désarmante.

« Ne vous contentez pas d’utiliser votre imagination. Écrivez à partir de choses que vous connaissez vraiment. »

Il ne s’agit pas de limiter l’imaginaire, mais de l’ancrer. Horst a vu des scènes de crime. Il sait ce qu’est un corps, une procédure, une attente, une erreur humaine. Cette connaissance donne à son écriture une densité que l’invention pure ne remplace pas.

Et il généralise immédiatement ce principe : on n’écrit pas l’amour sans l’avoir vécu. On n’écrit pas la peur sans la connaître. L’expérience nourrit la précision.

Lire pour apprendre, mais aussi pour former l’oreille

Horst rejoint ici une vérité souvent répétée — mais rarement comprise.

« Je pense que l’on apprend à écrire en lisant — et en lisant beaucoup. »

Il ajoute cependant une nuance essentielle : il existe un facteur irréductible, presque corporel.

« Mais il y a aussi une part difficile à définir. Il faut avoir l’oreille. Avoir quelque chose dans les doigts. »

Lire forme la structure. Mais la joie de raconter, le rythme, la musique des phrases, relèvent aussi d’une sensibilité qui se travaille, se cultive, s’aiguise — mais ne se décrète pas.

Ce que “écrire d’une traite” révèle vraiment

Écrire d’une traite n’est ni une performance, ni une obligation, ni un idéal universel. Chez Jørn Lier Horst, c’est le résultat d’un alignement parfait entre méthode, genre, expérience et exigence.

C’est une écriture sans filet — mais uniquement parce que le terrain a été préparé avec une précision extrême.

Le fantasme de l’écriture fluide s’effondre ici. À la place, apparaît une réalité plus intéressante : la continuité narrative comme outil de vérité, de tension et de respect du lecteur.

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