On ne “devient” pas écrivain par révélation. On le devient par travail. L’idée selon laquelle écrire un roman serait un don mystérieux est l’un des mythes les plus toxiques de la littérature. À partir du témoignage précis et sans fard de Valérie Simon, cet article démonte une illusion tenace : un roman ne naît pas d’un éclair d’inspiration, mais d’un processus maîtrisé, structuré, assumé. Écrire, c’est fabriquer.
Il existe une idée confortable — et dangereuse — selon laquelle écrire un roman serait avant tout une affaire d’inspiration, de tempérament, de “vision”. Une idée qui permet de commencer beaucoup de livres… et d’en finir très peu.
Le travail de Valérie Simon, autrice de fantasy publiée, raconte exactement l’inverse : écrire un roman est un processus, une architecture, un temps long. Et surtout, un ensemble de décisions concrètes prises les unes après les autres.
Ce qui suit n’est ni un mythe fondateur ni une success story enjolivée. C’est une traversée méthodique du roman, de son premier noyau à sa forme publiée, telle que Valérie Simon la pratique — et telle qu’elle la décrit sans fard.

Commencer petit pour aller loin
Chez Valérie Simon, tout commence par une forme de sobriété volontaire. Pas de bible de 200 pages, pas d’encyclopédie préalable. Le point de départ tient en peu de mots : une trajectoire, une tension, un avant et un après. Un roman commence quand il a déjà une direction.
« Je pars sur un synopsis très court… avec un point de départ et un point d’arrivée. »
Cette brièveté n’est pas un manque d’ambition. C’est une manière d’éviter l’écueil classique de l’aspirant écrivain : confondre une ambiance avec une histoire, un monde avec un récit.
Très vite, ce noyau s’épaissit. Le synopsis devient un plan détaillé, chapitre par chapitre. Non pour figer l’écriture, mais pour lui offrir une ossature. La liberté vient après la structure, jamais avant.

L’univers n’est pas un décor, c’est un système
Écrire de la fantasy, ce n’est pas empiler des images spectaculaires. C’est construire un monde qui fonctionne, qui résiste, qui impose ses lois aux personnages autant qu’au lecteur. Valérie Simon insiste sur ce point avec une clarté rare : l’univers n’est pas là pour “faire joli”, il est là pour produire du conflit.
« Le propre de la fantasy, c’est de créer des univers qui n’existent pas… mais auxquels on doit donner une vraie réalité. »
Cette réalité passe par des structures politiques, sociales, culturelles. Elle passe aussi par des rapports de pouvoir, des contraintes matérielles, des inégalités assumées. Dans certains de ses romans, l’univers patriarcal n’est pas un décor idéologique : c’est un moteur dramatique qui oblige les personnages féminins à inventer leurs propres stratégies d’existence.
Le worldbuilding devient alors un récit en soi. Avant même qu’un personnage parle, le monde raconte déjà quelque chose.

Documenter l’imaginaire pour le rendre crédible
Contrairement à une idée répandue, la fantasy exige souvent plus de documentation que le réalisme. Non pour copier le réel, mais pour lui emprunter ses logiques. Valérie Simon s’appuie sur des références historiques, sociales, biologiques, parfois écologiques, selon les projets.
Cette documentation n’est jamais plaquée. Elle nourrit la cohérence interne du monde. Elle permet au lecteur d’entrer dans l’univers sans résistance, sans avoir à “faire un effort”.
« Il faut que le lecteur puisse s’approprier l’univers, s’y projeter, y croire. »
Ce travail passe aussi par une attention très concrète à l’espace. Cartes, plans, déplacements, distances : rien n’est laissé au flou. Une scène se joue quelque part, et ce “quelque part” influence ce qui s’y passe.

Voir avant d’écrire
L’un des aspects les plus frappants de la méthode de Valérie Simon est son recours constant à l’image. Avant d’être des phrases, ses scènes sont souvent des visions. Elle constitue des dossiers iconographiques, travaille à partir de paysages, d’ambiances, parfois de storyboards.
« Je travaille beaucoup à partir d’images. Je fais des books visuels pour mes univers. »
Cette approche n’est pas décorative. Elle structure la mise en scène. Elle permet de penser le rythme, la circulation des corps, la lisibilité des actions. Elle évite un défaut fréquent des manuscrits débutants : des scènes abstraites, flottantes, désincarnées.

Les personnages naissent du monde qu’ils habitent
Chez Valérie Simon, les personnages ne sont pas ajoutés à l’univers. Ils en émergent. Ils sont façonnés par ses lois, ses injustices, ses possibilités. Leur caractère n’est pas une liste de traits psychologiques, mais une réponse à un contexte donné.
« Les personnages font partie de l’univers. Ils en sont une conséquence. »
C’est là que se joue une différence décisive : un personnage crédible n’est pas seulement “intéressant”, il est nécessaire. Il ne pourrait pas exister ailleurs. Il est indissociable du monde qui l’a produit.

Apprendre, imiter, transformer
Valérie Simon ne nie pas l’imitation. Elle la revendique même comme une étape normale. Comme beaucoup d’auteurs, elle a d’abord absorbé ses lectures, parfois jusqu’à la saturation, avant de commencer à les tordre, les déplacer, les réinventer.
« Au début, je phagocytais mes lectures. Puis j’ai eu envie de les retordre à ma sauce. »
Cette phase n’est pas une faute. Elle est une formation informelle. La voix n’apparaît pas par génération spontanée ; elle se construit par friction avec d’autres voix.
La technique n’est pas l’ennemie de la liberté
L’un des points les plus nets de son discours concerne la technique narrative. Là où beaucoup d’aspirants écrivains craignent qu’elle “bride” leur créativité, Valérie Simon affirme exactement l’inverse.
« Même si on veut déconstruire les techniques, il faut d’abord les connaître. »
La structure, les arcs, la gestion des scènes, le rythme : ce sont des outils. Les ignorer ne rend pas plus libre, seulement plus fragile. Les connaître permet, ensuite, de les détourner avec précision.

Le roman est un marathon, pas une illumination
Écrire un roman de 300 ou 400 pages est un travail de longue haleine. Le temps long révèle des failles invisibles au début : incohérences, répétitions, contradictions internes. C’est là qu’interviennent les relectures, les regards extérieurs, le travail éditorial.
Valérie Simon insiste sur la solitude du processus, mais aussi sur la nécessité de ne pas rester seul jusqu’au bout. La publication est un travail collectif, même si l’écriture ne l’est pas.

Écrire, c’est fabriquer
Ce que montre, au fond, le parcours de Valérie Simon, c’est une vérité simple et exigeante : écrire un roman n’est pas un acte mystique. C’est un artisanat. Il demande des outils, du temps, des essais, des erreurs, des reprises.
« Il y a des techniques. Il faut les connaître. »
Ce n’est pas une promesse de facilité. C’est une promesse de solidité.

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