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L’atelier du romancier : Niklas Natt och Dag – Quais du Polar

Par : Roxane Fallot

L’atelier du romancier : Niklas Natt och Dag Quais du Polar

L’auteur de romans policiers historique suédois Niklas Natt och Dag  était présent à Quais du Polar 2019 pour présenter son roman “1793”. Il nous dévoile son atelier de romancier : comment a-t-il appris à écrire ? Quel travail de recherche pour un roman historique  ?

atelier du romancier

Comme de nombreux romanciers débutants, Niklas Natt och Dag s’est lancé dans l’écriture sans formation. Et il a dû apprendre à la dure, à partir de ses erreurs. Il ouvre pour Les Artisans de la Fiction son atelier de romancier : comment travaille-t-il ? Quelle part accorder à la réécriture ? Comment gérer les informations dans un roman historique ?

Je n’ai jamais pris de cours d’écriture. Et c’est dommage.

Se lancer dans l’écriture d’un roman sans filet est un pari risqué. Mais ceux qui écrivent professionnellement au quotidien, comme les journalistes, sont plus outillés. S’ils ne connaissent pas forcément les outils de la narration littéraire, ils ne partent pas à zéro.

Niklas Natt och Dag : J’ai été journaliste pendant de nombreuses années. Donc pendant longtemps j’ai été payé pour écrire, mais je n’ai jamais pris de cours d’écriture. Et c’est dommage parce que je pense vraiment que ça m’aurait été utile car les problèmes techniques qui se sont posés à moi tout de suite étaient très basiques. Par exemple: « est-ce que je dois absolument suivre mon personnage principal en permanence ou est-ce je peux faire des ellipses ? Dans quels cas et comment ? ».

J’imagine que c’est le genre de problèmes qu’on aborde pendant un cours de creative writing. Dan mon cas j’ai dû apprendre par moi-même et j’ai perdu beaucoup de temps. J’en aurais sûrement gagné beaucoup avec des cours. 

En plus des difficultés techniques  le romancier débutant, devra faire face à un problème central : trouver le temps d’écrire. Sans plages de temps arrachées au quotidien, l’atelier du romancier restera désespérément vide.

Niklas Natt och Dag :  J’ai beaucoup de respect pour les gens qui abandonnent tout pour réaliser leurs rêves, comme, par exemple, prendre une année sabbatique pour écrire un roman. Mais moi je suis trop peureux pour faire ce genre de choses. J’ai donc beaucoup écrit pendant mes soirées et mes week-ends. Par chance ma femme est tombée enceinte de notre premier enfant pile à ce moment-là et comme elle était très fatiguée elle dormait beaucoup. Alors j’ai eu beaucoup de temps libre pour écrire. 

Sept ou huit versions avant d’arriver au roman final.

Niklas Natt och Dag : La première version du roman m’a prise une année à écrire. Puis cette version a été acceptée par un éditeur et ensemble nous avons travaillé sur sept ou huit versions avant d’arriver au roman final. Le problème avec les romans historiques c’est que vous n’avez jamais fini de faire votre travail de recherche. Et il y a aussi la tentation de mettre beaucoup trop de détails pour prouver à vos lecteurs que vous avez bien fait vos recherches. La première version de mon roman, celle qui a été acceptée par l’éditeur, contenait beaucoup trop de détails historiques ainsi que des longueurs. J’avais aussi cette tendance qu’ont très souvent les jeunes auteurs : cette envie incroyable d’impressionner le lecteur. Vous savez : “Je vais décrire ce coucher de soleil d’une manière qui n’a jamais été faite auparavant”. Je me suis cru plus malin que tout le monde et c’était une vraie erreur de ma part.

L’importance de la recherche pour un roman historique

Tout roman, qu’il soit réaliste, fictionnel,ou  autobiographique, demande un important travail de recherche. Pourquoi ? Parce que le romancier n’écrit pas pour lui-même mais pour des lecteurs. Les lecteurs seront rebuts par des erreurs, des approximations, ou pire des stéréotypes (ne vous lancez pas à écrire un roman se déroulant dans un cadre que vous ne connaissez que par d’autres romans, ou par des films). Dans le cas de l’écriture d’un roman historique le travail de recherche. Niklas Natt och Dag nous raconte comment la place qu’a occupée la recherche dans l’atelier de son roman 1793 :

Niklas Natt och Dag : Tous les romans que j’adore sont le fruit d’un très laborieux travail de recherches. Par exemple, j’adore Le Seigneur des Anneaux. Je l’ai lu pour la première fois quand j’avais onze ans, c’est mon roman préféré. Quand vous regardez les appendices du roman, vous réalisez le travail pharaonique que Tolkien a réalisé, comme créer des langues par exemple. Et même les détails que vous ne trouvez pas intéressants, Tolkien a été obligé de les inventer dans le seul but de créer un monde qui soit cohérent, dans lequel on croit. Tolkien est mon exemple et pour mon roman j’ai fait autant de recherches qu’on puisse faire. Mais comme je disais, si on ne se met pas une limite, le travail de recherches peut durer toute une vie. Pour vous donner une idée, j’ai une bibliothèque de livres chez moi : et cinq à six étagères de cette bibliothèque sont consacrées à des livres de recherches pour mon roman. 

Manipuler son lecteur pour l’obliger à  ressentir des émotions

Nous le répétons souvent à nos élèves : le romancier n’écrit pas pour se faire ressentir des émotions à lui-même. Il écrit une histoire, créé des personnages qu’il confrontent à des obstacles externes et internes. Pourquoi ? Car son objectif est d’essayer de faire vivre au lecteur une expérience émotionnelle puissante. Mais bien qu’il s’efface au profit de ses personnages, le romancier les nourrit de sa propre expérience et de ses émotions, comme l’explique Niklas Natt och Dag :

Niklas Natt och Dag : La chose la plus dure pour un auteur c’est de manipuler son lecteur et de l’obliger à lui faire ressentir des émotions, de l’empathie pour le personnage principal. La seule manière que j’ai trouvée pour y parvenir est celle-ci : si je veux que mon lecteur pleure, je dois écrire quelque chose qui me fasse pleurer moi en premier. Sinon ça ne me fait pas pleurer moi, je ne peux pas demander à mon lecteur de pleurer. Et c’est très difficile de faire pleurer un lecteur, il n’y a pas de recette toute faite pour ça. Parfois vous vous attelez à écrire une scène qui est supposée être pleine d’émotions et vous ne ressentez rien… et vous êtes obligé de rependre tout depuis le début, de retravailler votre personnage en profondeur, sa personnalité… et d’un coup ça marche. Votre scène fait pleurer. Mais c’est très dur. 

La nécessité  d’écouter les critiques

S’enfermer dans son atelier de romancier et mener à bien son projet de roman est un travail artisanal complexe, difficile et parfois ingrat. A l’arrivée, on pourrait imaginer que le romancier n’a pas vraiment envie de subir un regard extérieur qui va venir s’immiscer dans son travail. Et pourtant, du fait même de la complexité technique d’un roman, le regard d’un éditeur est fondamental. C’est le conseil que donne  Niklas Natt och Dag aux jeunes auteurs :

Niklas Natt och Dag : Quand vous écrivez votre premier roman et que vous le terminez vous pensez que votre travail est fait, que votre roman est parfait, prêt pour être admiré par les lecteurs. Vous ne voulez pas y toucher, vous ne voulez rien changer. Puis vous prenez en pleine face une vague de rejets de la part des éditeurs et cela vous affecte beaucoup. C’est difficile mais c’est nécessaire d’écouter les critiques, d’accepter les modifications et de réécrire… ça peut même être sympa à faire ! Et d’ailleurs ce n’est que en écoutant les critiques et en ré-écrivant que vous finirez par y arriver. Si vous refusez les critiques, vous n’arriverez à rien, personne ne vous publiera

Vous souhaitez vous lancer dans l’écriture d’un roman avec des bases techniques ? Les Artisan de la Fiction, vous proposent le stage Préparer et construire un roman – Les bases de la dramaturgie,  du 20 au 24 avril en télé enseignement.

Cet article vous a intéressé ? nous vous recommandons la vidéo du romancier et professeur de creative writing Chigozie Obioma, Apprendre à lire comme un écrivain

Si vous voulez en apprendre plus sur le travail du romancier, l’écrivain de Fantasy Ellen Kushner vous conseille de vous donner le droit d’écrire mal.

Merci à toute l’équipe de Quais du Polar pour ces interviews.
Cette année Quais du Polar propose une édition virtuelle.

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