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Par quoi commencer un roman de science-fiction – Les Intergalactiques

Par : Lionel Tran

Beaucoup d’apprentis narrateurs se demandent par quoi commencer un roman de science-fiction ? Faut-il débuter par une scène accrocheuse ? Faut-il poser l’univers narratif ? Si on écrit un roman de science-fiction, faut-il commencer par montrer un vaisseau spatial ? Trois écrivains anglais nous racontent par quoi ils commencent leurs romans…

La perspective de commencer un roman est à la fois excitante et terrifiante. 

En tant que narrateur débutant, on aura tendance à chercher des outils, des techniques, des méthodes concrètes. Il FAUT faire apparaître le protagoniste (le personnage principal, celui qui vit l’histoire) dès le 1er chapitre. Il FAUT immerger le lecteur dans l’univers de l’histoire et hameçonner le lecteur dès le 1er paragraphe, avec un enjeu puissant.

Tout cela est vrai mais vous sera inutile si vous ne savez pas ce qu’est une histoire. Comment elle se construit, comment elle va faire vivre des émotions aux lecteurs. Un peu comme si vous vouliez apprendre la cuisine en vous demandant : il faut faire quoi dans quel ordre ? La réponse « il faut commencer par une entrée surprenante » ne sera pas fausse, mais elle ne vous aidera pas beaucoup.

Les témoignages qui suivent ne sont pas des recettes, mais vous éclaireront sur la manière de procéder de plusieurs romanciers maîtrisant parfaitement la narration.

Paul J.McAuley, est un botaniste et écrivain britannique. Auteur de science-fiction récompensé à de nombreuses reprises, il se définit lui-même comme accro à la science et écrit de la hard science (récits de science-fiction visant à la justesse scientifique). Il nous explique qu’il commence ses romans par créer de la tension en plongeant ses protagonistes dans une situation dont il devront se sortir :

« Je commence souvent par la combinaison personnage + situation »

Paul J. McAuley : Je commence souvent par une scène, c’est-à-dire un personnage dans une situation donnée. J’explore cette situation pour voir où elle entraîne le personnage. Comment réagit-il, que fait-il ? Une autre technique, particulièrement adaptée à la science-fiction ou à la fantasy, est de commencer par poser les caractéristiques d’un autre monde, d’un futur proche ou lointain. On peut aussi penser à une histoire qui explore ou démontre une idée – c’est une troisième méthode. Mais pour les romans, je commence souvent par la combinaison personnage + situation. D’ailleurs il m’est arrivé plusieurs fois de travailler une nouvelle, qui devient un roman en cours de route. J’explore de petites parties d’un monde, et soudain je me rends compte que celui-ci pose des questions plus complexes que prévu. Et que répondre à ces questions nécessite une histoire longue.

Alastair Reynolds est astrophysicien et auteur britannique de hard science fiction et de space opera. Il a acquis une reconnaissance littéraire mondiale avec les romans qui constituent son Cycle des Inhibiteurs. Il débute ses romans de la plus classique des manières :

Alastair Reynolds : Je débute par quelques lignes, quelques notes personnelles, qui sont également destinées à mon éditeur, afin de lui montrer de quoi parlera le livre. J’attaque généralement l’écriture par ce qui pourrait être une scène d’ouverture, et je poursuis à partir de là. Mais cette scène ne se retrouvera pas forcément dans le livre au final. C’est simplement pour commencer.

Commencer un roman de science fiction par la création du monde

Une des grandes spécificités des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy) c’est de créer une expérience d’immersion narrative dans un monde qui n’est pas la réalité. La difficulté est bien sûr de rendre cet univers narratif crédible.
Le modèle indépassable de ce travail de création d’univers narratif reste aujourd’hui l’univers créé par J.R.R. Tolkien. En effet, Tolkien a passé 40 ans à construire des langages imaginaires, puis à construire l’histoire imaginaire des peuples ayant créé ces langues.

« 6 mois à planifier le monde, l’univers, les personnages »

Peter F. Hamilton est  un romancier de science fiction britannique, connu pour ses oeuvres de space opéra (la saga du Commonwealth, la trilogie du vie). Avant de commencer l’écriture de ses romans, il consacre des mois à la préparation de son univers narratif :

Peter F. Hamilton : Typiquement pour une trilogie, je vais passer 6 mois à planifier le monde, l’univers, les personnages. Puis je vais faire la structure des chapitres, et ensuite seulement je vais commencer à écrire. Donc c’est un long processus avant de commencer. C’est pourquoi, lorsque je suis effectivement en train d’écrire le livre je sais exactement où le personnage se trouve, et où je dois l’amener. Et une fois que je sais cela, il n’y a pas de panne de l’écrivain. Le travail d’écriture quotidien à ce moment-là est de savoir comment j’amène un personnage d’un endroit à un autre. Mais je connais la structure d’ensemble.

Puis, il relie personnages et univers narratif, créant une interaction entre le réseau de personnages et le monde où se déroule l’histoire : 

Peter F. Hamilton : Une fois que vous avez l’idée, que vous savez ce que va raconter le livre, vous décidez où cette histoire va se dérouler, ce qui vous donne le background (le cadre narratif), donc tout découle de l’idée initiale. La chose principale que le livre va raconter, ensuite cela devient où vous situez cette histoire, puis les personnes qui vivent dans ce monde. Donc c’est un processus très organique. Une étape en entraîne une autre, puis une autre… Pour moi, c’est devenu assez facile maintenant, parce que je pratique cela depuis 20 ans. Mais c’est vraiment ce processus où une chose en entraîne une autre.

Commencer directement à écrire son roman de science fiction

Comme nous l’expliquions au début de cet article, il n’existe pas de méthode universelle pour construire un roman. Il existe bien sûr des principes de construction d’une histoire, ainsi que des outils de structure et des outils de mise en forme spécifiques à la narration littéraires mais chaque romancier devra ensuite les tester et trouver la manière qui lui convient.

« Je me suis rendu compte que ce n’était pas une méthode de travail qui me correspondait. »

Alastair Reynolds connait les techniques de construction narrative mais ne les utilise pas forcément ni systématiquement dans ses romans.

 

Alastair Reynolds : J’ai écrit une quinzaine de romans et mon approche a été différente pour chacun d’entre eux. Pour les premiers j’ai beaucoup planifié avant la rédaction, en détaillant l’intrigue avec des notes pour chaque chapitre. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas une méthode de travail qui me correspondait.
Je préfère commencer tout de suite à écrire et laisser les choses venir. Je structure mes idées, mais je ne suis pas du genre à passer des semaines à organiser mon histoire avant de rédiger.

« Il n’y a pas de manière fixe d’écrire un livre »

Peter F. Hamilton, a une approche entre les deux : c’est à dire qu’il ne construit pas tout au préalable sans se lancer non plus directement dans l’écriture sans préparation. Il fait des allers-retours entre préparation, écriture et réécriture, afin d’ajuster au fur et à mesure : 

Peter F. Hamilton : Si j’ai une bonne idée durant l’écriture, je l’intègre et, à la moitié de l’écriture du livre, je me relis pour voir si tout fonctionne. Et si c’est le cas, j’ajoute ces nouveaux trucs dans les nœuds dramatiques de la seconde moitié du livre. Et je continue à partir de là. Je m’accorde de la flexibilité mais la connaissance des nœuds dramatiques et de la fin de l’histoire est essentielle.
Il y a certains écrivains qui peuvent se mettre à leur bureau et juste commencer à taper leur histoire… Je les envie et ils m’envient. Il n’y a pas de manière fixe d’écrire un livre. C’est ce qui fonctionne pour vous.

L’écriture romanesque est un artisanat

Pour pratiquer cet artisanat il n’y a pas de recette miracle, de méthode systématique. Tout artisanat requiert une formation. Le futur écrivain devra prendre le temps d’apprendre ce qu’est une histoire, quelles sont les techniques à mettre en oeuvre. Il apprendra ensuite à maîtriser les outils de mise en forme, tout en recherchant quels sont les thématiques qu’il porte en lui, et la meilleure manière de les transformer en histoires à la fois singulières et universelles.

Chaque auteur, lorsqu’il parlera de sa manière de travailler sur ses romans, de les préparer, de les écrire, donnera un aperçu de son artisanat de romancier. Les témoignages précédents attestent d’une grande amplitude dans la façon de commencer un roman, qui découle de la personnalité de chaque romancier. Mais ces témoignages racontent surtout comment chaque romanciers vise à créer de la tension au sein de son histoire afin de faire vivre une expérience émotionnelle riche et puissante à ses lecteurs.

Si vous souhaitez vous former aux bases de la dramaturgie (construction de personnages, d’univers narratif, gestion de l’interaction entre personnages et univers narratif), Les Artisans de la Fiction proposent le stage “Préparer et construire un roman” (5 jours / 30 h). En télé enseignement du 20 au 24 avril (mais également en juillet, août et à la Toussaint 2020).

Vous aimeriez  maîtriser les techniques de la narration littéraire  ?

Notre stage ” Écrire un roman – Les outils de la narration littéraire” vous propose d’écrire et de réécrire 12 fois la même scène en découvrant 12 outils durant 5 jours ! 

Vous avez besoin d’identifier vos thématiques, de cerner les histoires que vous avez besoin de raconter ? Les Artisans de la Fiction proposent le stage “Identifier ses territoires d’écriture”   (5 jours / 30 h) En télé enseignement du 20 au 24 avril (mais également en juillet, août et à la Toussaint 2020). 

Vous désirez en savoir plus concernant l’écriture d’un roman de science fiction ? Olivier Paquet, écrivain français de science-fiction, répond aux questions des Artisans de la Fiction : Olivier Paquet – Techniques de la science fiction (vidéo – 13 mn)

Cet article vous a intéressé ?

Lisez la version complète des interviews de Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds et Paul J. McAuley.

 

Nous remercions toute l’équipe des Intergalactiques ainsi qu’Audrey Burki qui ont rendu ces interviews possibles. Nous remercions tout particulièrement Loïc Moran pour son aide précieuse lors de la réalisation de certaines de ces interviews. 

Pour vos commandes de livres, pensez aux libraires indépendants.
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