On aime croire que les romans naissent de l’inspiration. En réalité, ils naissent d’horaires, de discipline et de réécritures impitoyables. M. W. Craven explique pourquoi écrire comme un professionnel est la seule voie sérieuse pour ceux qui veulent vraiment devenir écrivains.
Ce que personne n’a envie d’entendre
Écrire un roman n’est pas un état de grâce.
Ce n’est pas une crise existentielle.
Ce n’est pas un orage romantique à trois heures du matin.
C’est un travail.
Et c’est précisément ce que beaucoup d’aspirants écrivains refusent d’admettre — parfois avec une énergie impressionnante. Le fantasme de l’écrivain inspiré, indiscipliné, hors cadre, continue de faire des ravages. Non parce qu’il serait séduisant, mais parce qu’il fournit une excuse parfaite à l’échec : si je n’écris pas, c’est que l’inspiration n’est pas là.
W. Craven fait voler ce mythe en éclats avec une simplicité presque cruelle.
« J’écris du lundi au vendredi jusqu’à ce que j’arrive à la fin. »
Pas quand il a envie.
Pas quand il se sent “aligné”.
Pas quand les astres sont favorables.

Le romantisme de l’inefficacité
Dans le monde réel, les écrivains qui publient régulièrement ont une chose en commun : ils écrivent même quand ce n’est pas agréable. Craven ne romantise rien. Il décrit un processus parfois chaotique, souvent ingrat, mais profondément efficace.
« Quand j’arrive à la fin du premier jet, c’est un peu le bazar, pour être honnête. »
Voilà une vérité que beaucoup refusent : un premier jet n’est pas fait pour être bon. Il est fait pour exister. Et tant que cette idée n’est pas acceptée, aucun roman ne peut naître.

Écrire, ce n’est pas “s’exprimer”
L’un des malentendus les plus destructeurs chez les auteurs débutants consiste à confondre écriture et expression personnelle. Craven commence par le crime. Par le pourquoi. Par la logique.
« Une fois que vous comprenez pourquoi quelque chose s’est produit, vous pouvez essayer d’empêcher que cela se reproduise. »
Cette phrase, héritée de son passé d’agent de probation, pourrait être placardée au-dessus du bureau de tout romancier : comprendre avant d’émouvoir. La profondeur émotionnelle n’est pas un préalable. Elle est une conséquence.

Le premier jet est censé être mauvais
Craven écrit chronologiquement, sans corriger, sans polir, sans se regarder écrire.
« Je ne reviens pas en arrière pour modifier. »
Cette méthode heurte de plein fouet une autre illusion très répandue : celle de la phrase parfaite écrite du premier coup. Or vouloir bien écrire trop tôt est l’un des moyens les plus sûrs de ne rien écrire du tout.

Réécrire, c’est là que le métier commence
Chez Craven, la réécriture n’est pas un supplément facultatif. C’est le cœur du travail.
« Je ne l’appelle même pas le deuxième jet. C’est juste la version corrigée. »
Réécrire, c’est accepter de perdre. De couper. De renoncer à des phrases brillantes mais inutiles. Ceux qui refusent cette étape n’écrivent pas des romans : ils accumulent des fragments.

Les chapitres courts ne sont pas une coquetterie
Craven privilégie des chapitres d’une page et demie. Non par mode, mais par stratégie.
« J’essaie toujours de terminer ce chapitre par une question. »
La narration est un art du mouvement. Un chapitre qui n’appelle rien derrière lui est un chapitre raté, quelle que soit la beauté de la prose.

Écrire ce que vous aimez lire (et pas ce qui marche)
L’obsession des tendances est une autre forme de paresse créative. Craven la balaie sans détour.
« Si vous suivez une tendance, vous n’écrivez probablement pas ce que vous aimez lire. »
Et cela se sentira. Toujours.

L’IA n’est pas le problème
Craven est clair : la fiction générée par des machines n’est pas le danger principal.
« Les choses passionnantes de la fiction sont inventées. »
Le véritable danger, ce sont les textes tièdes, prudents, formatés — écrits par des humains qui n’osent plus trancher, ni travailler vraiment.

Écrire, ce n’est pas rêver d’écrire
Écrire du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h, ce n’est pas une contrainte.
C’est une libération.
Parce que c’est à ce prix-là que les histoires existent. Pas dans l’abstraction. Pas dans le fantasme. Mais dans la durée, la répétition, la réécriture.
Le reste n’est que littérature au sens le plus ironique du terme.
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