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Enseigner le creative writing – Mick Kitson

Par : Lionel Tran

Mick Kitson est né au Pays de Galles et a travaillé comme journaliste et professeur d’anglais. En 2018, il a publié son premier roman « Manuel de survie à l’usage des jeunes filles » (Ed.Métailié), Prix de l’Union Interalliée 2019. 


Les Artisans de la fiction
 : Mick Kitson, j’ai entendu dire que lorsque vous étiez professeur d’anglais, vous étiez très frustré par les romans que vous lisiez. Comment avez-vous travaillé sur votre propre roman ?
Mick Kitson : Avant de commencer l’écriture de mon roman, j’ai commencé par y penser pendant trois ou quatre mois. J’ai réfléchi à la structure, au point de vue, au personnage principal, à ce genre de choses.

Avez-vous pris des notes ?
Non c’était tout dans ma tête. Et ensuite, à force de penser au personnage principal — et en toute humilité –  je me suis mis à entendre sa voix, la façon dont il s’exprimait. Je pouvais l’entendre parler. En réalité je pense que ça se rapproche du travail de l’acteur. Mon frère est un acteur et il dit des choses similaires à propos de la préparation de ses rôles. On s’immerge dans un personnage. Et j’ai fait ça pendant un moment. Du coup, quand je me suis mis à écrire, les choses sont sorties très naturellement. C’était seulement le personnage qui parlait, moi je n’étais plus là, je laissais le personnage parler et c’est comme ça que j’ai écrit le roman.

Aviez-vous déjà une idée de la structure narrative à ce moment-là ?
Je laissais le personnage parler et c’est comme ça que j’ai écrit le roman. Une structure très basique seulement. Je n’avais pas d’intrigue par exemple. J’avais un décor ou plutôt j’avais la situation. Mais à part la situation, je n’avais rien. Enfin, je savais vers quoi je me dirigeais et je connaissais le personnage, mais c’est tout.

Vous connaissiez le décor ?
Oui, je connaissais le décor et je savais ce qui allait se passer dans le roman. J’ai décidé d’écrire un roman qui comportait beaucoup d’éléments que j’appréciais personnellement, comme la pêche par exemple. J’adore la nature, j’adore faire du jardinage, les plantes, les arbres… Donc j’ai aussi utilisé ça.

Vous avez été professeur d’anglais. Est-ce que le fait d’enseigner et de corriger vos élèves vous a aidé à devenir un bon écrivain ?

Je pense vraiment que ça m’a aidé. Par-dessus tout, travailler avec des élèves qui écrivent vous apprend à repérer ce qui fonctionne, et c’est une très bonne chose pour un auteur. Par exemple au sujet des décors. Dans la plupart des romans, le décor est posé grâce aux sons. Et bien ça c’est quelque chose que j’enseigne à mes élèves. Si vous voulez mettre en place une situation, si vous voulez poser un décor, pensez en priorité aux sons qui sont associés à ce décor. C’est ce genre de choses que je savais, mais que j’ai assimilé grâce aux élèves, alors oui enseigner m’a beaucoup servi.

Est-ce que vous leur faites étudier d’autres auteurs et ce qui fonctionne chez les autres auteurs ?
Exactement. Et en lisant, vous tombez sur beaucoup de choses qui ne vous plaisent pas. Moi je tombe très souvent sur des romans qui ne me plaisent pas, en particulier des romans britanniques contemporains. Des romans qui ne s’intéressent plus du tout à un sujet, mais seulement à la forme. Et ça m’énerve vraiment, ça me rend fou.

Par exemple ?

Je pense notamment à l’utilisation du présent de l’indicatif, en particulier quand il est utilisé par la voix du personnage principal. Vraiment je déteste ça. Car dans la majorité des romans où c’est le cas, ça ne fonctionne pas. Alors, bien sûr, j’ai lu des romans où l’utilisation du présent fonctionnait très bien, mais le problème c’est que c’est devenu une mode, on le voit partout. Et en général, ce sont des auteurs qui essayent de rendre leur prose « authentique », de la rendre « réelle ».
Or la fiction n’a rien à voir avec le réel. Nous sommes là pour inventer des histoires. Je pense que certains auteurs sont très talentueux pour faire des aller-retour entre les temps passé et présent. Il y a cette auteure — malheureusement, je ne me rappelle plus son nom — dont le roman traite d’un meurtre dans l’Islande du 19e siècle. Elle alterne entre la première personne au présent de l’indicatif — pour le personnage principal — et la troisième personne au passé pour les autres protagonistes. Et ça fonctionne parfaitement. Mais en général je ne pense pas que ça fonctionne très bien et, bien souvent, ça me rend fou !

Pour terminer, que conseillerez-vous à un jeune écrivain ?

Essayez de ne pas écrire sur vous. Bien sûr, en écriture on parle toujours de soi. Mais ce que je veux dire c’est d’éviter de parler de ses propres expériences. Créez et inventez ! Créez un monde, créez un personnage qui vit dans ce monde… c’est ça la fiction. C’est créer un monde qui n’a jamais existé. Je pense que c’est ce que font les plus grands auteurs. Bien sûr, il peut s’agir d’un monde qui ressemble au nôtre, un monde qu’on connaît… Pour avoir lu de très nombreux textes de jeunes auteurs et d’auteurs débutants, je pense que l’erreur la plus courante est d’écrire une chanson d’amour égotique. Ils font de la fiction à partir de leur propre expérience et se donnent la place du héros. Je le déconseille vraiment, à moins d’avoir une expérience de vie vraiment, totalement, hors du commun. Mais pour la majorité des auteurs, ça n’est pas le cas. L’écriture c’est d’abord un travail d’imagination créative. Il s’agit de créer quelque chose de qui n’a jamais existé avant.

Interview : Lionel Tran
Traduction : Julie Fuster
Remerciements à Mathilde Walton et Léa Rumiz

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