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Interview de Doreen Baingana 

Par : Julie Fuster

Interview de Doreen Baingana

Dans cette interview Doreen Baingana, auteure et éditrice ougandaise partage son parcours et son processus d’écriture. Comment a-t-elle appris à écrire ? Qu’est-ce qu’une bonne histoire à ses yeux ? Et Comment elle accompagne les auteurs dont elle s’occupe ? 

Doreen Baingana est une romancière ougandaise. Son recueil de nouvelles, Tropical Fish, publié en 2005 a obtenu le Grace Paley Short Fiction Prize ainsi que le Commonwealth First Book Prize d’Afrique. Cependant Doreen Baingana ne se contente pas d’écrire. Elle a également co-fondé le Mazawo Africa Writting Institute. Une école de creative writing basée à Entebbe.

Dans cette interview Doreen Baingana revient sur son parcours et sur sa façon d’écrire. Elle nous fait part de ses conseils et nous explique comment elle accompagne les auteurs du Mazawo Africa Writting Institute.

Le parcours de Doreen Baingana

Comment avez-vous appris à écrire de la fiction  ?

J’ai appris à écrire en lisant beaucoup pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune adulte. On le dit beaucoup et c’est la meilleure façon d’apprendre le métier. Sans en avoir conscience, j’ai absorbé ce qui fait la force d’une histoire, le fonctionnement des phrases, le rythme et d’autres aspects de l’écriture.

Lorsque j’ai quitté la maison pour la première fois en 1989, j’ai écrit des lettres de Rome, en Italie (oui, avant l’internet). J’ai pris plaisir à décrire tout ce qui était différent : le paysage, les gens, la nourriture, même le goût de l’eau ! J’ai pris l’habitude d’observer de près et de transformer ces observations et réflexions en mots sur la page.

Lorsque j’ai déménagé aux États-Unis en 1991, j’ai commencé à suivre des ateliers d’écriture de toutes sortes : journalisme, poésie, littérature non romanesque, etc.     

Qu’avez-vous appris pendant votre MFA* qui vous a permis de construire et d’écrire de meilleures histoires ?

Beaucoup de choses ! La « leçon » la plus importante que j’ai retenue est celle qui concerne l’épuration de mes histoires. Tout ce que je mets dans le premier ou le deuxième jet n’a pas besoin d’y rester. Je préfère élaguer et réduire mes histoires pour ne garder que l’essentiel et le plus efficace. 

*ndlr: un MFA est un master of fine arts, il s’agit d’un diplôme de maîtrise

Pourquoi avez-vous choisi de suivre un cursus d’écriture créative aux États-Unis (et pas au Royaume-Uni, en Europe, en Afrique, etc.) ?

Ce n’était pas vraiment un choix. Je vivais déjà aux États-Unis et c’était donc une évidence. De plus, il y avait beaucoup plus de programmes aux États-Unis qu’ailleurs, en 1999, lorsque j’ai postulé à l’université du Maryland, College Park. 

Le processus d’écriture

Lorsque vous écrivez pour les adultes, pourquoi avez-vous choisi le support d’un recueil de nouvelles plutôt que celui d’un roman ?

Comme je l’ai mentionné, j’ai suivi de nombreux ateliers lorsque j’ai commencé à écrire, qui sont plus propices à l’écriture de nouvelles. Les histoires courtes sont un bon moyen de maîtriser le métier. J’ai continué à écrire des nouvelles parce que j’aime cette unité de la forme. Je peux explorer un sujet de manière compacte et singulière. En d’autres termes, j’ai l’impression de pouvoir saisir une nouvelle à deux mains, alors qu’un roman est une chose plus grande et plus complexe à appréhender. Néanmoins, j’écris un roman depuis six ans et j’espère qu’il trouvera un éditeur cette année.

Curieusement, j’ai publié un extrait du manuscrit de mon roman en janvier dernier sous la forme d’une nouvelle, qui a récemment été sélectionnée pour le Caine Prize for African Writing, ce qui semble confirmer mes compétences en tant qu’auteur de nouvelles. 

Qu’est-ce qu’une bonne histoire pour vous ? Comment la reconnaissez-vous ?

Le caractère unique de la « voix » ou du ton, qui est difficile à décrire, mais qui est fortement lié au personnage. Une histoire qui révèle ou donne un aperçu de cette tragicomédie qu’est l’être humain de façon surprenante mais reconnaissable. Une histoire qui me donne l’impression d’avoir voyagé dans une âme.

Qu’est-ce qu’un bon personnage pour vous ?

Je répète ce que j’ai dit plus haut sur le caractère unique de la voix. Je préfère les personnages excentriques, mais même les personnages les plus ordinaires peuvent rendre la lecture intéressante si leurs motivations sont pleinement explorées. J’ai besoin que le personnage soit crédible, même si je ne l’aime pas.

Dans quelle mesure pensez-vous aux lecteurs lorsque vous construisez une histoire, un personnage ou lorsque vous choisissez un thème ?

Je vais reprendre une phrase d‘Alice Walker qui a dit qu’elle imaginait le meilleur lecteur possible en écrivant. Cela signifie pour moi quelqu’un qui « comprend » ce que j’écris, quelqu’un à qui je n’aurai pas à expliquer l’histoire. Cela me dispense d’essayer de déformer mon écriture pour qu’elle convienne à ceux qui ne sont pas familiers avec mes décors ou mes thèmes.

Je choisis des thèmes qui m’intéressent et que j’ai envie d’explorer, en espérant qu’ils trouveront un écho auprès des lecteurs. Ce n’est qu’après avoir rédigé quelques brouillons que je me demande ce que différents types de lecteurs vont en penser, mais j’essaie de ne pas me laisser influencer.  

Quels sont les grands narrateurs que vous admirez ? Comment apprenez-vous d’eux ?

Il y en a tellement ! En tête de liste, Toni Morrison et Nadine Gordimer, qui étaient non seulement des écrivains politiques engagées, mais aussi des maîtres de la narration et des explorateurs de la psyché humaine.

Toutes deux utilisaient le langage comme un instrument de musique puissant. J’espère pouvoir entremêler le politique et le personnel avec autant d’adresse qu’elles. Je dois ajouter Gabriel Garcia Marquez à la liste pour son imagination débridée. Ses écrits me montrent qu’aucun sujet, style ou approche n’est hors limite.

Le dernier livre d’une compatriote ougandaise, « First Woman », est remarquable à bien des égards, mais surtout parce que l’auteur, Jennifer Nansubuga Makumbi, n’hésite pas à utiliser l’anglais ougandais et à faire ressortir les nuances de notre vie quotidienne. Je n’avais pas réalisé à quel point la lecture avait été pour moi un pas ou un saut dans l’étranger. Lire « First Woman » a été comme un retour à la maison.    

Comment recrutez-vous/reconnaissez-vous les bons auteurs de fiction pour enfants ?

Jusqu’à présent, nous n’avons pas organisé d’ateliers pour les auteurs jeunesse. En revanche, nous avons organisé un programme pour les auteurs de romans et animé des ateliers plus courts pour les auteurs de livres pour adultes. 

Lorsque j’étais aux éditions Storymoja, il y a dix ans, nous recherchions des écrivains qui avaient une « oreille » pour un langage susceptible de plaire aux enfants. Il ne s’agissait pas d’un langage qui s’adressait aux enfants, mais d’un ton qui était attentif à la sensibilité et à la curiosité de ce public. Nous recherchions en particulier des histoires qui exploraient la réalité contemporaine des enfants africains, qu’elle soit rurale ou urbaine.

Comment accompagnez-vous un auteur dans son travail d’écriture ?

Notre mission est de permettre à davantage d’écrivains africains de produire des livres de longue haleine. Jusqu’à présent, nous avons mené un programme pilote dans le cadre duquel nous lancions un appel à candidatures. Les participants soumettaient des extraits de romans et nous en sélectionnions six pour deux ateliers d’écriture de romans en ligne (c’était avant que la pandémie de Covid ne rende le format en ligne indispensable).

Pendant trois mois, les auteurs ont pu discuté de leurs écrits avec un romancier expérimenté et ont acquis des compétences techniques. Ensuite, ils ont eu le temps de rédiger un premier jet complet. Nous avons pu désigner des éditeurs/mentors pour travailler avec certains d’entre eux pendant qu’ils révisaient leurs brouillons dans le but d’avoir des manuscrits complets prêts à être envoyés aux agents et aux éditeurs.  

  Malheureusement, la pandémie de Covid a limité notre capacité à obtenir les fonds nécessaires à la poursuite de nos projets.

Lorsque je travaille avec des écrivains sur leurs manuscrits, mon objectif est de déterminer ce qu’ils veulent atteindre. Puis je fournis un retour sur les façons dont le manuscrit peut être révisé pour atteindre ces objectifs. Je me concentre plus particulièrement la caractérisation, l’intrigue, le thème, le cadre et le style, et sur la manière dont tous ces éléments peuvent former un tout artistique.  

Interview de Doreen Baingana au Littérature Live Festival

Remerciements

Nous remercions Lucie Campos, la Villa Gillet, Géraldine Prévot et l’Institut du Livre sans qui cette interview de Doreen Baingana n’aurait pu avoir lieu. Vous pouvez découvrir les autres interviews que nous avons réalisés lors du Littérature Live Festival sur notre blog.

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