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Peter F. Hamilton – Techniques d’écriture de la science-fiction

Par : Lionel Tran

« La structure narrative est immensément importante »


Peter F. Hamilton suit des études scientifiques sans aller à l’université jusqu’au bout, car il travaille tôt en usine et, durant les années 1980, s’occupe à toute heure de sa mère gravement malade. Depuis son adolescence, pour s’occuper, il lit beaucoup de livres de science-fiction, comme ceux d’Arthur C. Clarke, Robert A. Heinlein, Isaac Asimov, Brian Aldiss, Larry Niven. Il lit également des magazines comme New Scientist sur les développements de la science et de la technologie — les revues de science-fiction et de fantastique à cette époque-là étaient très courantes outre-Manche — et, une idée en tête, s’achète une machine à écrire.

Il commence à écrire en  et vend sa première nouvelle Death Day qui, par la suite, paraît dans Fear, un magazine consacré à l’horreur ouverte à la science-fiction et à la fantasy, en . Il en écrit ensuite d’autres pour de petits journaux, pour le magazine Interzone et pour l’anthologie In Dreams and New Worlds. Après ses nombreuses nouvelles, l’éditeur de Pan Books (en) lui passe un coup de fil, lui demandant s’il est en train de travailler sur un roman. C’est ainsi que son premier roman Mindstar Rising (Mindstar, titre français paru en 2010) paraît en 1993. Il est suivi par A Quantum Murder en 1994 (Quantum, titre français paru en 2010) puis The Nano Flower en 1995 (Nano, titre français paru en 2011) qui font partie de la première trilogie The Greg Mandel Books (Greg Mandel en France) qui met en vedette le détective psychique dans un avenir proche devant le réchauffement de la planète et le gouvernement communiste. Le petit public anglophone commence très vite à s’y intéresser.

 

Les Artisans de la Fiction : Comment travaillez-vous sur un roman ?
Peter F. Hamilton : Comment ? Vous voulez-dire de jours à travailler sur un roman ? Ou globalement ?

Oui, globalement. Préparez-vous beaucoup l’univers narratif, les personnages ?
Oui. Typiquement pour une trilogie, je vais passer 6 mois à planifier le monde, l’univers, les personnages. Puis je vais faire la structure des chapitres, et ensuite seulement je vais commencer à écrire. Donc c’est un long processus avant de commencer. C’est pourquoi, lorsque je suis effectivement en train d’écrire le livre je sais exactement où le personnage se trouve, et où je dois l’amener. Et une fois que je sais cela, il n’y a pas de panne de l’écrivain. Le travail d’écriture quotidien à ce moment-là est de savoir comment j’amène un personnage d’un endroit à un autre. Mais je connais la structure d’ensemble.

Vous commencez par créer l’univers narratif ou les personnages ?
C’est un peu des deux. Quand vous avez créé votre monde, vous savez le genre de personnes qui vivent dans ce monde. Je dois préparer de nombreux détails : par exemple le niveau de technologie est tellement élevé que les personnages vont devoir faire tel genre de job… Ceci sera la politique et l’économie, donc cela dicte plus ou moins le type de gens qui vivront dans ce monde, ce qui me donne une base pour ajouter des caractéristiques individuelles aux personnages. Donc tout cela se crée conjointement, de manière organique.

Comment avez-vous appris à raconter des histoires ? Avez-vous appris en étudiant les autres écrivains ? Avez-vous suivi des cours ?

Non, je n’ai pas suivi de cours. Cela m’est venu en lisant énormément quand j’étais plus jeune. En étudiant comment les différents aspects étaient assemblés, en essayant. J’ai écrit beaucoup de nouvelles, avant même d’essayer d’écrire un roman. Je pense que j’ai écrit des nouvelles pendant 3 ou 4 ans et seulement là je me suis dis que j’aimerai tenter d’écrire un roman. Et ça a marché comme ça Donc, ça n’a pas été instantané, je ne me suis pas lancé à partir de rien, il y a eu beaucoup d’écriture entre temps.

Comment reliez-vous l’univers narratif et l’intrigue ?
Une fois que vous avez l’idée, que vous savez ce que va raconter le livre, vous décidez où cette histoire va se dérouler, ce qui vous donne le background (le cadre narratif), donc tout découle de l’idée initiale. La chose principale que le livre va raconter, ensuite cela devient où vous situez cette histoire, puis les personnes qui vivent dans ce monde. Donc c’est un processus très organique. Une étape en entraîne une autre, puis une autre… Pour moi, c’est devenu assez facile maintenant, parce que je pratique cela depuis 20 ans. Mais c’est vraiment ce processus où une chose en entraîne une autre.

Quand vous étiez un écrivain débutant, qu’est-ce qui vous a aidé à comprendre comment cela fonctionnait ?
Les éditeurs. David Pringle, qui éditait la revue Interzone et David Garnett qui éditait la revue New Worlds. Je n’arrêtais pas de leur envoyer des histoires et ces histoires revenaient accompagnées de commentaires du genre « non, ceci ne marche pas, essaie plutôt de faire ça, ou cela ». Ils m’ont beaucoup aidé. Toute histoire à besoin d’être réécrite et accompagné par des éditeurs. Mais pour un écrivain débutant, c’est essentiel, surtout quand ils sont bons comme ils l’étaient. Ils m’ont énormément aidé.

 

Pensez-vous que suivre des cours pour apprendre comment les histoires fonctionnent peut aider de jeunes écrivains ?
Oui, j’aurais aimé faire cela. La structure d’une histoire est une des composante fondamentales qui permet de maintenir l’intérêt du lecteur. C’est essentiel. Et cela prend du temps pour acquérir la confiance qui permet de tenter de faire quelque chose de différent. Et si vous voulez faire quelque chose d’un peu différent, vous avez vraiment besoin de savoir comment construire la structure d’une manière qui fonctionne. Et si vous voulez faire quelque chose d’un peu différent, vous avez vraiment besoin de savoir comment construire la structure d’une manière qui fonctionne. La structure narrative est immensément importante. Pour moi, construire les nœuds dramatiques à l’avance aide beaucoup. Je peux voir à l’avance si le raconter de telle manière fonctionnera ou si je devrais peut-être le faire différemment. Donc le fait de pré-construire est la seule manière dont je conçoit le fait d’écrire.

En tant que lecteur,  une histoire c’est comme de la magie, mais l’auteur se retrouve dans la position du prestidigitateur. Pour lui, il s’agit de réaliser c’est des tours…
Absolument.

Et lire comme un écrivain, ce n’est pas la même chose que lire pour le plaisir.
Oui. Si j’ai bonne idée durant l’écriture, je l’intègre et à la moitié de l’écriture du livre, je me relis pour voir si tout ce que j’ai ajouté fonctionne. Et si c’est le cas, j’ajoute ces nouveaux trucs dans les nœuds dramatiques du plan structuré de la seconde moitié du livre. Et je continue à partir de là. Donc c’est un processus pour commencer l’écriture absolu. Je m’accorde de la flexibilité, mais les nœuds dramatiques et comment cela va se terminer est essentiel.
Il y a certains écrivains qui peuvent se mettre à leur bureau et juste commencer à taper leur histoire… Et je les envie. …et ils m’envient. Il n’y a pas de manière fixe d’écrire un livre. C’est ce qui fonctionne pour vous.

Quand vous êtes dans le processus d’écriture, vous savez où vous voulez aller, vous êtes portés par l’histoire… Sentez-vous parfois que cela ne fonctionne pas et revenez-vous en arrière ?
Oh, oui. Fréquemment, oui ! Encore une fois, vous devez avoir une discipline de cascadeur ! Vous pouvez très bien essayer de balancer toutes vos idées sur la page, mais ça ne marche pas comme ça. Une fois que vous avez posé la ligne narrative de l’histoire vous pouvez vous lancer. C’est la façon dont il faut procéder, en tout cas pour moi, même s’il bien sûr n’y a pas qu’une seule manière de procéder.

Une dernière question : quel conseil donneriez-vous à un apprenti écrivain ?
Ca va sembler très cliché mais si vous continuez à écrire, juste le processus de l’écriture, vous apprendrez ce qu’est l’écriture, vous gagnerez en confiance. C’est le meilleur avis que je peux vous donner : continuez à écrire.

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Interview : Loïc Mauran – Lionel Tran

Merci aux Intergalactiques et à Audrey Burki de la Bibliothèque de la Part Dieu de nous avoir permis de réaliser cette interview.

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