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Une bonne histoire sans arc transformationnel : est-ce possible ?

Par : Julie Fuster

Pas de bonne histoire sans bon personnage… Que ce soit dans un roman, une série, un film ou tout autre genre fictionnel ! Le personnage est la porte d’entrée d’une histoire. C’est elle qui permet au lecteur de pénétrer un univers et une intrigue, mais aussi de s’identifier émotionnellement.

C’est pourquoi nous formons nos élèves aux techniques d’arcs transformationnels des personnages. Afin de les aider à développer des personnages avec des trajectoires émotionnelles, sociales, psychologiques, riches et intéressantes.


Mais doit-on forcément développer un arc puissant pour créer une bonne histoire ?
Nos personnages doivent-ils nécessairement évoluer tout au long du récit ?
Et par extension, est-il possible d’écrire une bonne histoire sans arc de personnage ?

La situation : une histoire sans arc de personnage

Il est tout à fait possible d’écrire une bonne histoire sans arc de personnages. C’est-à-dire sans développer de personnages aux psychologies profondes et aux transformations significatives… Car toutes les histoires ne sont pas focalisées sur le développement des personnages ! Et un bon personnage n’est pas nécessairement un personnage avec une psychologie complexe.

Une histoire construite sur le déroulement d’un conflit externe (stopper une bombe qui menace un bâtiment, arrêter l’armée nazie, envoyer un équipage sur la Lune, etc.) peut être suffisamment passionnante en soi ! Ce qui tiendra en haleine le lecteur ou le spectateur, ce n’est pas de voir comment le personnage va traverser les évènements. Mais comment il va s’y prendre pour atteindre son objectif les stratégies qu’il va élaborer, les alliés qu’il va se créer le long du chemin pour atteindre la victoire (… ou subir un échec).

En langage technique, les histoires dont l’intrigue est focalisée sur le déroulement du conflit externe plutôt que sur la psychologie des personnages sont appelées des “situations”. Il s’agit bien souvent de films d’action et de romans d’aventure. Mais ce sont aussi des polars, des thrillers, des romans historiques… “Vingt-mille lieux sous les mers” (Jules Verne) est un exemple parfait de roman puissant sans arc développé de personnage !

On peut penser aussi aux intrigues du Commissaire Maigret (Georges Simenon), mais également à la série des James Bond (que ce soit en romans ou en films !). 

Une Grande Histoire plutôt qu’une trajectoire

Les auteurs de “situations” font le choix conscient de focaliser leurs intrigues sur la “grande histoire” (celle d’un projet collectif, d’une organisation, d’une société, d’une communauté…) plutôt que sur la trajectoire personnelle d’un individu. Les personnages des situations sont souvent des prétextes pour mettre en scène cette histoire plus grande.

… Mais quand l’histoire est bien écrite, cela n’empêche pas les auteurs de façonner des personnages attachants. Si ces personnages sont bien construits, qu’ils sont crédibles, originaux et qu’ils ne sont pas des clichés, alors le lecteur va s’attacher à eux… et à l’objet de leurs quêtes !

La preuve, c’est que James Bond, tout comme le Commissaire Maigret, parvient à nous émouvoir, à nous faire rire, pleurer, stresser… et nous nous réjouissons pour lui quand à la fin de l’histoire, il mène à bien une mission. Si nous regardons les aventures de James Bond, ou que nous lisons les romans de Ian Flemming, c’est aussi pour le plaisir de voir agir, parler et vivre ce personnage spécifique.

Une histoire sans arc : le danger de l’arc plat 

On peut donc écrire de bonnes histoires et de bons personnages sans arc … et les exemples sont nombreux !

Cependant, ce qu’il faut garder en tête, c’est que si des auteurs comme Georges Simenon et Ian Flemming ont écrit ces histoires sans arc de personnage, c’est bien par choix et non par manque de savoir-faire !

Le risque de se lancer dans une histoire longue sans comprendre ce qu’est un arc ou savoir comment il fonctionne, c’est prendre le risque de créer un arc plat, mal construit. Et donc de produire une histoire plate, sans dynamique, qui ne temporise pas l’attention du lecteur/spectateur et qui maîtrise mal ses effets.

Un auteur sans expérience peut facilement se lancer dans une aventure rocambolesque en laissant la notion d’arc transformationnel de côté… sans réaliser qu’il passe à côté d’un outil technique très puissant pour son histoire ou sans l’utiliser à bon escient. 

En effet lorsqu’on regarde des histoires type “situations”, on remarque que bien souvent, les auteurs n’ont pas fait l’économie d’arcs transformationnels.  Même si ceux-là passent au second plan, au profit de l’intrigue externe.

Quelques exemples

On peut prendre, par exemple, la série “Killing Eve” dont l’écriture est dirigée par Phoebe Waller-Bridge. Toute l’intrigue de la saison 1 est construite sur la résolution d’un conflit externe passionnant. Qui est Villanelle, cette tueuse sans scrupule ? Pour qui travaille-t-elle ? L’agent Eve Polastri parviendra-t-elle à comprendre son identité, à la débusquer et l’arrêter ?

Ces questions dramatiques sont suffisamment intéressantes pour faire de “Killing Eve” une série haletante et bien construite. Du reste, les auteurs sont allés encore plus loin ! Ils ont creusés des arcs transformationnels puissants pour les personnages principaux (Villanelle, Eve, le mari d’Eve, le mentor de Villanelle, etc.). Le spectateur s’attache et s’inquiète pour eux. La tension émotionnelle qui se dégage de la série va bien au-delà du suspens propre à une intrigue policière.

Notons que “Fleabag”, série plus tardive qui a fait connaître Phoebe Waller-Bridge au grand public et lui a valu de nombreuses récompenses, est focalisée sur l’arc transformationnel des personnages, plutôt que sur le conflit externe (qu’il serait difficile de définir, par ailleurs). L’autrice maitrise donc parfaitement les deux modalités : les histoires à arcs et les situations. 

Ce qui est certain, donc, c’est qu’on n’écrit pas une bonne histoire par hasard ou sur un coup de chance, sans savoir ce que l’on fait… en particulier sur des formats longs comme le roman, le long-métrage ou la série. 

Vous former pour maîtriser les arcs transformationnels

Alors si vous êtes intéressé.e par la conception de récits longs, il est tout à fait possible de vous former aux techniques de construction de personnages et d’intrigues.

La notion d’arc transformationnel est abordée dans notre formation Artisanat de l’écriture dans les années 2 et 3, ainsi que dans le stage “Préparer et construire un roman”. Mais si vous voulez comprendre cette puissante technique, l’analyser en profondeur et maîtriser ses déclinaisons, vous pouvez vous inscrire au stage intensif “L’Arc transformationnel du personnage”. Vous découvrirez comment élaborer un arc de personnage positif, négatif et neutre (… ce qui ne veut pas dire plat !). 

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