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Comment publier son roman ? Ellen Kushner

Par : Roxane Fallot

« La plupart des manuscrits sont en fait impubliables et illisibles »

 


Ellen Kushner n’est pas seulement une auteure renommée. Elle a aussi travaillé dans une maison d’édition de fantasy où sa position d’assistante éditoriale lui a permis d’analyser les erreurs fréquentes des manuscrits envoyés. Ce qui l’a aidé à faire publier son roman.

Ellen Kushner est connue pour la qualité de ses romans d’heroic fantasy. Écrits à deux ou à quatre mains, ils font d’elle une auteure à l’univers particulièrement appréciée. Ses romans ont été récompensés à plusieurs reprises. « Thomas le Rimeur » a obtenu en 1991 le prix world fantasy ainsi que le prix Mythopoeic. Aujourd’hui ses livres sont publiés en France par les éditions Actusf.

Tout mon entourage me disait de travailler dans l’édition ! 

Cependant, même si Ellen Kushner a toujours écrit, elle a longuement travaillé en maison d’édition et a dirigé une collection de fantasy. Elle partage son expérience d’éditrice et ses conseils pour écrire son roman.

L’importance des cours d’écriture

Ellen Kushner n’a suivi qu’un seul cours de creative writing pendant ses études. Cet enseignement a eu un impact énorme sur sa carrière, aussi bien grâce aux méthodes de sa professeur que grâce aux techniques qu’elle y a apprises.

J’avais à l’université une professeur de littérature qui a réellement changé ma vie. Elle m’a fait m’interroger sur chaque phrase que j’écrivais. Tout son cours était basé sur les techniques d’écriture. Elle travaillait individuellement avec chacun des élèves et questionnait chaque phrase. “Pourquoi as-tu choisi ce mot là en particulier ? Qu’est-ce que tu essayes de dire ? Quel effet essayes-tu de créer ? Pourquoi tu as mis une virgule ici ?”.

Et elle ne faisait pas forcément ça pour me montrer que j’avais fait une erreur ou que je me trompais. Ce qu’elle voulait c’est que je sois consciente de mes choix d’écriture. Elle m’a beaucoup faite grandir. C’est la seule classe d’écriture que j’ai prise. Mais j’ai également beaucoup appris dans les cours qui consistaient en l’étude du travail d’autres auteurs, comme les cours de théâtre. J’ai étudié Shakespeare qui a vraiment changé ma façon de voir la littérature et a eu un immense impact sur moi.

Prendre des cours d’écriture est une très grande chance, à de multiple égards, mais ça ne suffira jamais : il faut absolument lire, analyser en lisant, et être ouvert à toutes ces manières différentes d’écrire qui existent. Apprendre par soi-même est nécessaire.

Cette professeur qui m’a tant appris, considérait le monde de l’édition comme l’ennemi de l’écrivain. Elle ne voulait surtout pas que je le rejoigne. Mais l’offre qu’on me faisait était trop intéressante pour que je refuse, alors je me suis dit “je vais y aller, je vais apprendre la langue de l’ennemi »… et c’est ce que j’ai fait !

L’édition, l’ennemi des écrivains ?

Une mine d’information pour publier son roman dans de bonnes conditions

La grande majorité des apprentis écrivains désirent voir leur travail publié. Peu d’entre eux connaissent le fonctionnement d’une maison d’édition. Quelles sont les attentes d’un directeur éditorial ? Quels sont les problèmes à éviter à tout prix dans son manuscrit ? Les informations utiles sont peu disponibles. Comment y voir plus clair dans l’entreprise délicate de trouver un éditeur ? Quoi de mieux que l’expertise d’une ancienne éditrice pour améliorer vos travaux !

En tant que jeune auteure j’étais forcément très timide. J’avais peur que mon travail ne soit jamais assez bon pour être publié. Je n’aurais jamais eu le courage d’envoyer mes écrits à un éditeur. Or le premier jour de travail comme éditeur assistant, ils ont posé un énorme tas de manuscrits sur mon bureau et ils m’ont dit “Fouille là-dedans et regarde si tu trouves quelques chose de bon”. Et j’ai dit “Oh mais quel honneur vous me faites, merci beaucoup”. La vérité c’est que la plupart des manuscrits était non seulement impubliables mais surtout illisibles. Et j’ai réalisé que je n’étais pas en compétition contre tous ceux qui écrivent un roman, mais contre le top 1% qui écrit bien. Et je n’ai plus eu peur

Dans ces manuscrits, la grammaire était mauvaise mais surtout le lecteur s’ennuyait profondément. La qualité de l’écriture était très faible, prise dans son ensemble. Je me souviens par contre qu’ils étaient magnifiquement imprimés et reliés. Parce que c’est ce qu’on faisait à l’époque. Mais la plupart était illisible. Il n’y avait que 5% du tas qu’on pouvait éventuellement penser un jour publier. 

Publier son roman : conseils aux jeunes auteurs 

Trouvez votre méthode

Chaque personne qui écrit a une façon bien spécifique de de le faire : et c’est très important de trouver sa manière à soi. Si quelqu’un vous dit “Voici comme on devient écrivain” … cette personne se trompe. Par exemples, certains auteurs  écrivent tous les jours, ce n’est pas mon cas. Moi je dois bloquer une semaine entière pendant laquelle je ne fais que ça. Il y a de nombreuses façons de faire, de s’organiser. Ce qui compte c’est de trouver ce qui fonctionne pour soi. Donc il faut expérimenter. Ecrire ce n’est pas une science. 

Essayez de ne pas avoir peur. Certains auteurs, même parmi les meilleurs, sont terrifiés de ne pas être assez bons et se mettent des bâtons dans les roues. 

Donnez vous la permission de mal écrire

Jetez votre premier jet le plus rapidement possible sans vous corriger… Dans “Bird by bird” (un manuel de creative writing américain), il y a un chapitre intitulé “Votre première version ratée (Your shitty first draft) et je la fais lire à tout le monde. Parce que ce que vous écrirez sera toujours mauvais au début. Il faut que ce soit mauvais pour que ça devienne bon.

Beaucoup de débutants s’imaginent qu’ils doivent écrire parfaitement du premier coup, et c’est une vraie erreur. Ça n’arrivera jamais. Vous obtenez un bon texte en corrigeant un mauvais texte. J’ai vu des gens se pétrifier en réalisant que leur première version n’était pas bonne, mais ils vivent dans l’illusion.

Le vrai travail, la qualité, se trouve pendant la ré-écriture. Certains auteurs adorent écrire un premier jet, certains auteurs détestent. Pour ma part j’adore écrire un premier jet. Et je détestais devoir le corriger. Maintenant j’apprécie tout le processus. mais je connais des auteurs qui détestent écrire un premier jet, pour eux c’est de la torture. Le plaisir est dans la correction. 

 

Pour aller plus loin sur la façon dont les éditeurs sélectionnent les manuscrits qui seront publiés vous pouvez consulter cette interview des Editions du Rouergue noir et découvrir ce qui se cache du côté de l’éditeur une fois le manuscrit entre ses mains.

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