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Faire face à 67 refus pour son premier roman – S.A. Cosby


On vous a fait croire que l’écriture était un don réservé à une élite ? S.A. Cosby vous prouve le contraire, avec 67 lettres de refus pour son premier roman. Ancien videur, travailleur acharné et aujourd’hui figure incontournable du polar américain, Cosby aborde la littérature comme un combat de rue : direct, viscéral, sans fioritures, mais guidé par une exigence technique absolue. Oubliez les scènes de bagarre interminables et les dialogues stéréotypés. Dans cette interview exceptionnelle, il nous explique pourquoi un écrivain doit avant tout écouter les autres, mimer ses propres scènes d’action dans son bureau, et pourquoi chaque livre, à l’ère de l’Intelligence Artificielle, est un acte de rébellion politique.

S.A. Cosby est l’une des voix les plus puissantes de la littérature noire américaine contemporaine. Chef de file du « Southern Noir » (le polar du Sud des États-Unis), il est l’auteur de romans multiprimés tels que Les Routes de l’oubli (Blacktop Wasteland) et La Colère (Razorblade Tears). Ses thrillers, poignants et rythmés, explorent la violence, la rédemption, les fractures raciales et sociales avec une authenticité rare.

Loin des cercles académiques traditionnels, S.A. Cosby s’est formé par la lecture compulsive et par l’observation aiguisée de ses semblables. Pour les Artisans de la Fiction, il détaille sa mécanique d’écriture, offrant une leçon magistrale sur l’ancrage dans le réel et l’ingénierie du suspense.
La face cachée des personnages

Pour S.A. Cosby, l’architecture d’un thriller ne repose pas sur les rebondissements, mais sur les personnages. Sa technique fondatrice consiste à rédiger des biographies extrêmement détaillées avant même de commencer à écrire.

« La majeure partie de cette biographie ne figurera pas dans le livre, mais elle me sert de point de référence pour faire interagir les personnages. »

Il illustre cette méthode par un exemple frappant : son personnage Titus a une phobie absolue des serpents. Cette information n’est jamais explicitée au lecteur. Pourtant, lorsqu’il découvre un cadavre avec un serpent dans la bouche, la réaction viscérale de Titus — qui tente de dissimuler sa terreur devant ses hommes — donne à la scène une épaisseur psychologique remarquable. C’est le principe de l’iceberg appliqué à la caractérisation : ce qui est caché donne sa densité à ce qui est visible.

Structure et point de vue : L’art du narrateur omniscient

Bien qu’il se laisse guider par l’énergie de ses personnages, Cosby n’avance pas à l’aveugle. Il utilise un synopsis complet comme « feuille de route » pour s’assurer que l’histoire mérite d’être racontée.

Côté narration, s’il a commencé sa carrière avec la première personne du singulier, il privilégie aujourd’hui le narrateur omniscient. Cette distance lui permet d’exploiter la mécanique du suspense telle que définie par Alfred Hitchcock :

« Si vous voyez deux hommes assis à une table, vous ne ressentez aucun suspense. Mais si vous savez qu’il y a une bombe sous la table et qu’ils l’ignorent, alors cela ajoute un contexte fort à l’histoire. »

Dialogues et action : La vérité du terrain

La force des romans de S.A. Cosby réside dans leur réalisme brut. Cette authenticité, il la puise dans son expérience passée. Pour les dialogues, il écoute. Ancien employé de commerce, il a passé des années à observer les dynamiques de pouvoir, les digressions, les interruptions et les non-dits des couples ordinaires. « Je veux que le dialogue semble naturel et humain », explique-t-il, rejetant les échanges trop parfaits ou didactiques.

Il applique la même exigence de réalisme aux scènes d’action. En tant qu’ancien videur, il tord le cou aux clichés hollywoodiens :

« Dans la vraie vie, les vraies bagarres ne durent pas longtemps. […] Pour moi, mes scènes de combat sont très immédiates. Elles sont très viscérales, mais très courtes. Je pense que la scène de combat la plus longue que j’aie jamais écrite faisait une page et demie. »

Pour garantir la justesse de sa chorégraphie, Cosby n’hésite pas à mimer lui-même les affrontements dans son bureau, ou à utiliser des voitures miniatures pour vérifier les angles morts lors des courses-poursuites. Un artisanat littéral et kinesthésique.
De « l’invitation » au « digestif » : L’encadrement du récit

S.A. Cosby conçoit le roman comme une expérience sensorielle dont l’entrée et la sortie sont les moments les plus critiques.

Le premier chapitre est une invitation.
« Je veux que vous ressentiez quelque chose immédiatement. […] Je veux que les lecteurs aient l’impression d’en avoir pour leur argent. » Il s’agit de « commencer en fanfare », de happer le lecteur sans tout dévoiler.

À l’inverse, le dernier chapitre est le digestif. Visualisant l’histoire comme une cascade se déversant dans un entonnoir, Cosby (qui réécrit très peu ses romans pour en conserver l’énergie pure) s’autorise à reprendre cette dernière scène plusieurs fois. « C’est presque comme de la musique. Je dois en entendre le rythme. »
L’écriture contre la machine : Une rébellion humaniste

Face à la déferlante de l’Intelligence Artificielle, S.A. Cosby oppose une résistance philosophique ferme. Pour lui, l’écriture n’est pas un bien de consommation, c’est l’essence même de la civilisation.

« L’IA n’a pas d’âme, et tout ce qui n’a pas d’âme ne peut vous donner de la passion, ne peut pas vous donner de l’art. »

Il rappelle que la littérature a le devoir de dire la vérité sur la condition humaine, d’englober toute notre diversité (origines, sexualités, croyances). L’auteur est un créateur de mythes qui aide la société à se regarder en face. Dans ce contexte, l’IA, qui se contente de régurgiter ce qui existe déjà, est incapable d’une telle empathie.

Et à ceux qui doutent encore de leur légitimité à écrire, Cosby (dont le premier manuscrit fut refusé 67 fois) offre ce conseil définitif : « Écrire n’est pas quelque chose que l’on fait. Tu es un écrivain. C’est quelque chose que tu es. N’accepte jamais un « non » comme réponse. »

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