Dans un paysage littéraire saturé, l’angoisse de la page blanche cède souvent la place à une autre paralysie : l’impression vertigineuse que toutes les histoires ont déjà été racontées. Comment faire preuve d’originalité lorsque les structures narratives semblent avoir été épuisées ?
Niko Tackian, auteur de nombreux succès aux éditions Calmann-Lévy, aborde cette problématique avec un pragmatisme rafraîchissant et résolument optimiste. Fort de son expérience de scénariste pour la télévision, le cinéma et la bande dessinée, il nous livre aux Artisans de la Fiction une réflexion pointue sur l’artisanat de la narration.
Accepter l’héritage : Créer du neuf avec du vieux
La première étape pour surmonter le mythe de l’originalité absolue est d’accepter notre héritage littéraire. Niko Tackian est catégorique : tout a déjà été écrit. Les systèmes narratifs ont tous été exploités à maintes reprises. Le véritable travail de l’auteur réside donc dans l’appropriation et la réinterprétation.
« L’important n’est pas de chercher à inventer un système inédit à tout prix, mais de savoir comment on parvient à raconter des histoires à travers son propre prisme. Il faut assumer le fait de créer du neuf avec du vieux. »
Pour y parvenir, l’auteur doit se forger une solide « boîte à outils » nourrie par la culture (livres, films), la curiosité envers les autres et l’audace. Le rôle de l’éditeur est également crucial dès l’étape du « pitch » pour éviter, de bonne foi, les redites trop évidentes avec l’air du temps.

L’architecture narrative et l’énergie du premier jet
Niko Tackian s’illustre particulièrement dans le thriller, un genre qu’il qualifie de très technique, où l’architecture doit soutenir la tension sans souffrir du moindre « ventre mou ». Pour maîtriser son rythme, il utilise une méthode issue de l’audiovisuel : le chapitrage sous forme de séquencier (« fil à fil »).
« Si l’histoire s’épuise au bout de quinze chapitres, c’est que le sujet manque de force. Je travaille fil à fil pour m’assurer que j’ai matière à raconter une histoire complète et trouver le rythme adéquat. »
Mais une fois ce plan solidement établi, la phase de rédaction doit être fulgurante pour conserver sa vitalité. L’auteur préfère entrer directement dans le vif du sujet avec des chapitres incisifs (« hyper cut »).
« Moi, je suis un homme de premier jet, je donne tout ce que j’ai dès le premier coup et après je relis. Je reprends des trucs bien évidemment, mais c’est toujours à la marge. »
L’intériorité et le point de vue comme moteurs d’originalité
Si les structures (comme le Whodunit ou le Mindfucker) se répètent, l’unicité d’une œuvre repose sur la chair de ses personnages. L’histoire doit être au service des personnages, dont l’intériorité représente la vaste majorité de l’intérêt d’un roman.
« Le choix du point de vue est capital. Ne vous ruez pas sur le personnage le plus évident, demandez-vous quel regard transmettra le plus d’émotion. »
Il cite l’exemple de son roman se déroulant en Alaska : adopter le point de vue d’une femme inuite, nécessitant un lourd travail de transposition culturelle, a offert une perspective totalement inédite et puissante au récit.

L’IA : Une assistance logistique, mais pas une âme
Face à l’émergence de l’intelligence artificielle, l’approche de Tackian se veut lucide. C’est un outil formidable pour la documentation et la sémantique (générer un champ lexical sur le froid, par exemple), mais elle ne possède pas d’âme.
« Le véritable danger n’est pas le remplacement, mais la paresse. L’IA ne pourra jamais remplacer le dialogue intérieur de l’écrivain et cette ‘petite voix’ intime qui lui dicte son urgence à raconter. »
C’est cette intériorité irremplaçable qui forge le véritable créateur, prouvant que même quand « tout a été écrit », votre propre voix, elle, reste unique.
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