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FIERS DE NOS ELEVES – Tiphaine Corbet : Faut-il utiliser des outils pour écrire ? 


Pour beaucoup d’auteurs débutants, l’écriture commence dans l’enthousiasme fulgurant d’une idée, et s’échoue fatalement au bout de quelques dizaines de pages, faute de structure. C’est exactement le mur auquel s’est heurtée Tiphaine Corbet pendant des années, avant de comprendre que l’écriture n’était pas qu’une question de talent naturel, mais aussi d’artisanat. Dans cette nouvelle interview, la jeune romancière nous explique comment la découverte d’outils techniques, de la « matrice du personnage » à la méthode des post-it, lui a enfin permis de terminer son premier manuscrit et d’entrer dans le monde de l’édition. Une leçon d’ingénierie narrative décomplexante !


Tiphaine Corbet incarne parfaitement cette nouvelle génération d’autrices qui déconstruisent le mythe de l’écrivain maudit, frappé par l’inspiration. Dans la vie de tous les jours, elle est ingénieure dans le traitement de l’eau potable. Une profession qui exige rigueur, méthode et résolution de problèmes. Pourtant, face à la page blanche de ses fictions, elle s’est longtemps retrouvée démunie.

Aujourd’hui romancière jeunesse publiée, elle a accepté de revenir, pour les Artisans de la Fiction, sur son parcours d’apprentissage. Son témoignage soulève une question fondamentale pour tout aspirant auteur : a-t-on besoin d’outils techniques pour écrire un roman ?

La quête de la boîte à outils : Dépasser le stade de l’ébauche

Pendant des années, Tiphaine Corbet a partagé la frustration commune à de nombreux passionnés : commencer des dizaines d’histoires sans jamais parvenir à les achever. Consciente que le problème ne venait pas de son imagination, elle a d’abord tenté la rétro-ingénierie littéraire.

« Ça fait très longtemps que je commence des trucs et que je ne finis jamais. J’étais sûre que quelque part, il y avait des outils et des techniques que je n’arrivais pas à trouver toute seule. Je relisais les romans que j’aimais et j’essayais de les redécouper. »

Cette intuition était la bonne : le roman répond à des mécaniques. En suivant une formation aux Artisans de la Fiction (le stage « Construire un roman »), elle a enfin découvert le vocabulaire et les outils qui lui manquaient. Fini le brouillard de l’intuition, place à la technique.

La « Matrice du personnage » comme boussole

Si l’intrigue est souvent ce qui attire le lecteur, ce sont les personnages qui le font rester. Mais comment créer un protagoniste en trois dimensions ? Tiphaine Corbet a découvert qu’il ne suffisait pas de connaître la couleur des yeux de son héros, il faut maîtriser son architecture interne.

« Les outils que je cherchais existaient ! Notamment pour la construction du personnage avec une espèce de boussole : quelle est sa faille ? Quels sont ses moyens de défense ? Qu’est-ce qu’il sait, de quoi a-t-il vraiment besoin ? Il y a toute une matrice du personnage, et ça, c’est une bonne boussole. »

Cette approche analytique permet de s’assurer que le personnage possède un véritable arc narratif. Il n’est plus un simple pion au service de l’histoire, mais un moteur agissant, doté de désirs (parfois inconscients) et de peurs qui justifient ses choix et ses évolutions.

Déconstruire la ligne droite : Écrire par scènes

A-t-on besoin d’écrire du chapitre 1 au chapitre 30 dans l’ordre chronologique ? L’une des grandes libérations permises par les outils narratifs est de comprendre que l’écriture et le montage sont deux étapes distinctes.

Dans son processus, Tiphaine Corbet commence souvent par imaginer des scènes isolées, des dialogues fulgurants, ou même la fin de son roman. Elle utilise des outils simples (des post-it, des fichiers Excel) pour capturer ces fragments. Ce n’est que dans un second temps qu’elle organise ce chaos pour créer son « chemin de fer » (le plan détaillé). Et même là, ce plan n’est jamais une prison : il reste flexible pour s’adapter à la vie propre que prennent les personnages au fil de l’écriture.

L’art de couper et de laisser reposer

Avoir des outils permet aussi de dédiaboliser le premier jet. Tiphaine Corbet envisage la première écriture comme un moment où l’on « vomit » l’histoire. C’est à l’étape de la réécriture que l’artisanat prend tout son sens.

Elle souligne notamment l’importance de laisser reposer son texte (parfois deux ou trois mois) pour retrouver un regard objectif. C’est grâce à cette prise de distance critique qu’elle parvient à couper ce qui ne fonctionne pas. L’exemple de son premier chapitre est frappant : comme beaucoup d’auteurs, elle avait commencé son histoire « trop tôt ». En supprimant les premières pages pour débuter in media res (au cœur de l’action), elle a dynamisé l’ouverture de son roman.

Les concours de nouvelles : L’outil de la discipline

Outre la lecture analytique qu’elle juge indispensable, Tiphaine Corbet donne un dernier conseil, très concret, aux auteurs débutants : utilisez les concours littéraires comme des outils de discipline.

« Lancez-vous, ne tergiversez pas des milliers d’années pour faire le truc parfait. Faites des concours de nouvelles. Ça donne une consigne, un thème, une date limite et un format. C’est vachement formateur ! »

C’est d’ailleurs en se fixant la date limite du concours du premier roman Gallimard Jeunesse qu’elle est parvenue à achever son livre. Elle n’a pas gagné, mais être allée au bout lui a permis de le soumettre à des éditeurs, de recevoir des retours encourageants, et surtout, de se prouver qu’elle en était capable.

La leçon de Tiphaine Corbet est lumineuse : oui, il faut des outils pour écrire. Non pas pour brider la créativité, mais pour lui offrir le cadre solide dont elle a besoin pour se déployer jusqu’au mot « Fin ».

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