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Christian Chavassieux – Écrire sans discipline, ça n’existe pas


Croire que la littérature naît dans les interstices d’un emploi du temps surchargé est la meilleure garantie d’échouer. L’auteur Christian Chavassieux brise d’emblée cette illusion : la narration n’est pas un don miraculeux, c’est un artisanat de haute intensité qui exige une pratique quotidienne. Plongée dans la mécanique d’une discipline, où écrire signifie avant tout savoir effacer.

La discipline comme condition de survie narrative

L’apprentissage de la narration commence par un principe de réalité brutal. Les projets portés pendant des décennies, exhumés occasionnellement les week-ends, sont voués à la stagnation. Christian Chavassieux, fort de son expérience en littérature blanche et en imaginaire, ne s’encombre pas de diplomatie face aux dilettantes.

« Je vois tellement de gens qui me disent j’ai un projet, j’ai commencé un roman il y a dix ans, j’y reviens de temps en temps […] laissez tomber, c’est pas la peine, vous n’y arriverez pas. Remettez-vous à l’œuvre tous les jours. »

Cette dureté n’est pas du mépris, c’est une exigence structurelle. Un roman impose de s’installer avec ses personnages, de cohabiter avec eux sur la durée pour leur donner de l’épaisseur et observer leurs réactions. L’ampleur du format romanesque nécessite un contact ininterrompu. Si le rythme est brisé, l’écosystème narratif s’effondre.

Choisir un sujet capable de tenir la distance

La première technique de l’écrivain n’est donc pas le style, c’est l’évaluation de son postulat de départ. Un argument narratif faible ne tiendra le lecteur (et l’auteur) en haleine que sur vingt pages. Un véritable sujet de roman doit s’avérer suffisamment vital et essentiel pour maintenir l’artisan à sa table de travail pendant un, trois, voire cinq ans.

Écrire, c’est effacer : la mécanique de la réécriture

L’écriture d’un premier jet n’est qu’une phase exploratoire. Le véritable travail d’artisanat réside dans la soustraction. L’économie de moyens doit primer sur les effusions stylistiques incontrôlées.

« J’ai un petit oxymore là-dessus : Écrire c’est effacer. C’est-à-dire qu’on écrit toujours trop […] je reviens sans arrêt sur ce que j’ai écrit pour enlever les scories. »

Cette purge narrative implique une confrontation douloureuse avec ses propres fulgurances. Chavassieux invoque le concept des « darlings » cher à Stephen King : ces petites phrases esthétiques, écrites sous le coup d’une émotion isolée, qui flattent l’ego de l’auteur mais sur lesquelles la lecture bute immanquablement. L’artisan doit développer une lucidité clinique pour sacrifier ces excroissances au profit de l’harmonie globale de l’œuvre.
La rétro-ingénierie du premier chapitre

L’une des erreurs systémiques des apprentis auteurs est de figer prématurément le début de leur manuscrit. Chavassieux démontre que la création, lorsqu’elle n’est pas corsetée par un plan rigide, évolue de manière organique par l’articulation même de la phrase. En cours d’écriture, le roman finit par imposer son propre rythme, devenant un prototype distinct de ses prédécesseurs.

C’est à ce point de bascule, lorsque le récit révèle sa véritable nature, qu’il faut appliquer une ingénierie inversée : revenir au point de départ et réécrire intégralement le début pour l’aligner sur l’ADN définitif de l’œuvre. Les premiers jets sont, par nature, insipides face à la maturité d’un texte qui a trouvé sa voie.
L’impératif du Lire comme un écrivain »

Il n’existe pas de manuel de survie absolu ni de cursus académique infaillible. La formation technique la plus redoutable s’acquiert par la dissection minutieuse des textes. La loi est immuable : les écrivains sont d’abord des lecteurs.

Cette maîtrise des mécanismes permet de s’affranchir des fausses hiérarchies éditoriales. Face au débat stérile opposant « littérature blanche » et « littérature de genre » (roman historique, imaginaire), l’approche doit demeurer pragmatique. Le genre n’est qu’un cadre, directement dicté par l’échelle de temps et l’ampleur géopolitique ou intime du sujet traité. Le but de la littérature dépasse la simple restitution de faits divers : il s’agit de sculpter une narration par un travail obsessionnel sur la phrase et le rythme.

« Lisez beaucoup, écrivez beaucoup. Si c’est le roman qui vous intéresse, c’est de l’écriture tous les jours. VRAIMENT. […] Plongez en littérature et n’en sortez plus que pour écrire. »

L’artisanat de l’écriture ne tolère pas l’amateurisme dilettante. Il exige d’abandonner les illusions pour embrasser une besogne quotidienne. La technique narrative est l’outil indispensable au service d’une vision forgée par la régularité et le travail acharné.

 

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