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Découvrir et apprendre le creative writing en France 

Par : Lionel Tran

En France, le creative writing est l’objet de tous les fantasmes (devenir auteur de best seller en une semaine) et de toutes les craintes (la fabrique uniformisée d’écrivains). Mais qu’en est-il ?  Que désigne ce terme ? Peut-on découvrir le creative writing en France ?
Et surtout, vous essayer au creative writing va-t-il éteindre toute singularité en vous ?

le creative writing france

Le creative writing : C’est quoi ?

Traduit en français, creative writing workshop veut dire « atelier d’écriture créative ». 98 % des écrivains américains sortiraient des MFA (Masters of Fine Arts) de creative writing. Le plus connu est l’Iowa Writer’s Workshop, où un premier cours de creative writing a été donné en 1897. Son programme universitaire a commencé à se développer à partir de 1936. Les romanciers Philip Roth, John Irving, Flannery O’Connor, Jane Smiley ont suivi ce cursus.

Mais est ce que cela veut dire que les narrateurs anglo-saxons apprennent l’artisanat du romancier à l’université ? En fait, l’apprentissage des techniques narratives se fait AVANT.  Nous avons interviewé Dana Spiotta, romancière et professeure de creative writing à la Syracus University : elle nous a appris que les étudiants maîtrisent les techniques narratives avant leur entrée en MFA. L’apprentissage du creative writing commence …dès l’école primaire. Cet apprentissage de la narration se déroule  en même temps que l’apprentissage du langage écrit : il s’agit, comme en musique, d’identifier les différents éléments qui composent une histoire, de parvenir à les imiter. Cet enseignement se poursuit ensuite tout au long de la scolarité (équivalent collège, lycée). Et il bénéficie à tous les élèves. Ce qui explique également  l’excellence des techniques classiques de la narration littéraire dans des champs aussi divers que le journalisme, les articles scientifiques ou la communication.

Le creative writing peu présent en France 

La grande question est : pourquoi l’apprentissage français de la narration littéraire est-il aussi différent ? Dans La création littéraire à l’université (Presse Universitaires de Vincennes, 2018), Violaine Houdart-Merot nous apprends qu’à la fin du 19ème siècle, l’université française cesse de se servir de l’imitation des modèles narratifs classiques (ce que l’on appelait « la version »), au profit de la « science du lecteur », approche nouvelle qui se veut plus scientifique (et qui débouchera sur l’enseignement de l’étude de texte). Cette réforme se double d’une passion pour la figure romantique de l’écrivain censé avoir « le feu sacré » de l’écriture en lui.

On cesse donc d’imiter les modèles classiques. Comme cela continue à se faire dans les arts appliqués et la musique au profit d’une idée du dépassement des modèles et la poursuite d’un absolu artistique. Cette quête d’un au-delà des conventions artistiques est toujours particulièrement valorisée en France, où l’idée qu’à la différence de toute discipline artistique …l’écriture ne s’apprend pas.
Les cours de creative writing ne se sont donc pas développés dans le cadre de la scolarité, ni en dehors.

La différence avec l’apprentissage classique de la littérature

En France, l’approche « scientifique » de la lecture s’est développée tout au long du cursus scolaire. L’analyse de texte a remplacé l’étude anatomique des histoires, la transmission vivante des modèles narratifs et leur appropriation. Le modèle est devenu celui de la dissertation et du commentaire de texte, que nous avons tous étudiés et pratiqués en cours de français. Ce modèle est au cœur des prépas littéraires et des études universitaires de lettres.

La narration n’a pas totalement été abandonnée. Elle a été coupée d’une transmission organique des savoir-faire. Ainsi elle a donné lieu en France à la création de la narratologie, la « science de la narration ». Une approche désincarnée des techniques narratives, créée dans les années 1960, dans le sillage du structuralisme et qui a popularisé en France certains termes et concepts narratifs.

A la différence de nombreux pays qui ont continué à perpétuer la tradition littéraire, par l’étude anatomique, l’appropriation, la  recréation et la réinvention des modèles, la France a inventé son propre modèle, analytique et coupé de la pratique.
L’écrivain a été « libéré » de tout apprentissage technique, de tout savoir-faire, afin que rien n’entrave la pureté de sa recherche d’absolu. 

À quoi sert le creative writing 

Le creative writing n’est finalement qu’une branche moderne de ce que l’on appelait les humanités, un  apprentissage classique des techniques et des effets du langage. Il s’agit d’étudier, de refaire, de comprendre les principes, les proportions, les effets produits par telle technique.

Le développement du creative writing, d’après Mark McGurl (The Program Era: Postwar Fiction and the Rise of Creative Writing, 2011); a eu pour objectif de valoriser la lecture au sein d’une population peu lettrée. Il y a à peine quelques décennies la littérature américaine avait la réputation d’être rurale et sans raffinement. À l’inverse Paris était la capitale mondiale de la littérature. De nombreux MFA de creative writing ont été créés à la fin de la 2ème guerre mondiale dans des zones rurales, comme l’Iowa Writer’s Workshop.

L’enseignement des techniques de la narration a eu aussi une fonction d’unification sociale dès la fin du 19ème siècle : les ateliers d’écriture créative permettait à des immigrants d’horizons très divers de raconter leur histoire, et de l’agglomérer à l’histoire du pays.


Qu’est-ce qu’on apprend dans un cours de creative writing 

Imaginez qu’au lieu d’analyser le sens des romans au collège et au lycée, on se penche sur leur structure. Que l’on étudie comment fonctionnent les techniques mises en œuvre. Et que l’on expérimente en même temps la construction de ses propres ébauches d’histoires. Le tout pendant 12 ans de formations initiale, de 8 à 18 ans.

Durant l’apprentissage du creative writing, on apprend à recréer tout ce qui permet de créer de la tension dans une histoire. C’est à dire la dynamique interne des personnages. Mais aussi les forces en tension de l’univers narratif, les structures classiques d’histoires, et bien sûr les outils de mise en forme. On apprend à utiliser le langage écrit pour produire un effet similaire à celui que l’on apprécie chez certains romanciers.

Cela ne permet pas seulement d’accompagner la vocation et la professionnalisation d’aspirants romanciers, romancières et scénaristes : cet enseignement forme de meilleurs lecteurs et lectrices, capable d’évaluer la qualité des livres qu’ils lisent.  Et de s’adresser à autrui en racontant des histoires.

Le formatage et l’apprentissage 

L’idéal romantique de l’écrivain entretient aujourd’hui encore en France l’idée qu’apprendre serait nocif. Se former reviendrait à se formater. Le creative writing produirait forcément des écrivaillons tout juste bons à réaliser à la chaîne des produits de consommation culturelle.  
Toute personne voulant se lancer dans l’écriture ne vise pas forcément à devenir un artiste, tout comme toute personne entrant au conservatoire ne vise pas forcément à devenir le compositeur qui révolutionnera la musique du XXIème siècle.

Est-ce que se lancer à l’aveugle dans une tâche aussi complexe que l’écriture d’une histoire en se fixant un objectif hors de sa portée est une si bonne idée que ça ?
David Defendi, romancier (Albin Michel) et scénariste (Braquo), témoigne des risques qu’il y a a se lancer dans l’écriture sans être formé: Gagner du temps avec les outils de la narration  (15mn).

S’initier au creative writing en France

Des cours de creative writing sont proposés en Angleterre, aux Etats-unis, mais aussi dans les pays du nord de l’Europe (Suède, Danemark, Islande…) et du sud de l’Europe (Italie, Espagne, Portugal…).

Mais peut-on  suivre des cours de creative writing en France ?
Vous pouvez suivre des cours de creative writing en ligne et en anglais. En cherchant bien, vous trouverez quelques formations universitaires en anglais, mais dont le tarif s’approche des cours de creative writing des universités anglo-saxonnes.

Et pourtant il existe une offre très riche d’ateliers d’écriture. Alors, apprend-on le creative writing dans les ateliers d’écriture ? Les ateliers d’écriture sont nés à la fin des années 70, dans un contexte à la fois d’anti pédagogie et d’idéal d’absolu littéraire (l’écriture de la nécessité). Les ateliers d’écriture sont axés sur la réassurance et la voix de l’auteur. Ils laissent de côté l’idée d’un apprentissage classique de la narration.

Et qu’en est-il des master d’écriture créative proposés dans quelques universités françaises ? Ces masters s’inspirent des ateliers d’écriture français, et s’inscrivent dans le fil de notre héritage littéraire contemporain. Ils ne « font pas de la petite narration », mais ouvrent des passerelles entre l’écriture et d’autres arts, sans passer par un apprentissage de la narration (cf La création littéraire à l’université ).

Mais un nouveau type d’ateliers est aussi en train d’émerger. Des ateliers nourris par  la plus grande accessibilité des manuels de pédagogie de la narration anglo-saxons. Ils proposent d’étudier les structures classiques, et les techniques narratives mises en œuvre par les romanciers.

Les Artisans de la Fiction sont fiers d’appartenir à ce courant. Dans nos stages et cycles de narration littéraire, vous pourrez commencer à apprendre en quoi consiste le travail d’un narrateur.

 

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