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Éditions ActuSF – Sélection des manuscrits

Par : Lionel Tran

« Nous retenons un ou deux manuscrits les bonnes années »



Les éditions ActuSF sont nées en 2003 à la suite du webzine du même nom. Elles publient des romans et nouvelles relevant des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique). Le rythme de parution s’est fortement accéléré à partir de 2007 avec la publication depuis cette date d’une dizaine de titres par an, essentiellement avec des auteurs français dans la collection des « Trois Souhaits » comme Sylvie Lainé, Roland C. Wagner, Jean-Marc Ligny, François Darnaudet, Thierry Di Rollo, Sylvie Denis, Laurent Genefort, Laurent Queyssi, Etienne Barillier, Arthur Morgan, Jean-Michel Calvez ou Thierry Marignac.

Combien de manuscrits d’aspirants auteurs ou d’auteurs inconnus recevez-vous quotidiennement, annuellement ?  Combien en retenez-vous ?
Jérôme Vincent : Nous recevons en moyenne 4 à 500 manuscrits par an. Ce chiffre ne prend en compte que les envois spontanés (pas les auteurs que nous connaissons déjà). Nous en retenons un ou deux les bonnes années…

Pour vous, quelle charge de travail représente le « tri » de ces manuscrits ?
Difficile à dire. On le fait plutôt par à coups. C’est une grosse charge de travail. On a tendance à s’y pencher lorsqu’on a un moment de calme.

Quels sont les plus gros problèmes de ces manuscrits ?
Si on enlève les manuscrits qui n’ont rien à voir avec la ligne éditoriale, on a souvent deux soucis :
– Le manque d’originalité. On a encore trop souvent des écoles de sorciers avec un héros orphelin qui a une cicatrice.
– Les soucis de structure de l’intrigue. Quand ils sont trop gros, même s’il y a quelque chose dans l’écriture, on peut être amené à refuser parce que cela représenterait trop de travail éditorial.

Quels problèmes d’écriture présentent-ils ?
Cela dépend vraiment. La concordance des temps revient assez souvent dans les défauts récurrents… La mauvaise gestion aussi des temps calmes et des temps forts, et des descriptions. Trop de longueurs souvent. Ou alors la volonté de tout expliquer par le menu…

Préfèreriez-vous ne plus recevoir de manuscrit du tout, mais par exemple, solliciter des projets auprès de certains auteurs que vous connaissez déjà, voir passer commande à certains auteurs débutants ayant fait leurs preuves via des nouvelles publiées ?

On le fait déjà. On a les auteurs que nous suivons comme Sylvie Lainé, Jeanne-A Debats, Isabelle Bauthian, Karim Berrouka ou Jean-Laurent Del Socorro (et plein d’autres), les auteurs avec qui on aimerait travailler et ceux qui aimeraient être publié chez nous pour tel ou tel manuscrit. A cela il faut ajouter les traductions. C’est ce qui explique que l’on ait « si peu de place » pour les nouveaux auteurs, même si on en publie régulièrement. On tient toutefois à laisser ouvert les soumissions. Cela fait aussi partie de notre métier même si c’est compliqué et chronophage à gérer.

Parlons de votre ligne éditoriale : depuis son origine,  Actu SF publie essentiellement des auteurs français, quelle est aujourd’hui la part de traductions (et surtout de livres anglo saxons) par rapport aux livres français ? Les traductions se vendent-elles mieux ? Si oui, à quoi cela tient-il ?
Disons que sur la quinzaine d’inédits que nous publions chaque année, nous avons un ou deux romans étrangers, parfois inédits, parfois non. Les traductions, sauf grands noms comme George R.R.Martin chez nous, ne se vendent pas mieux que les auteurs français. En tout cas chez nous. Etranger ou français, il faut se battre pour les imposer…

Quelles sont pour vous les forces des auteurs de genre français par rapport aux  auteurs anglais ou américains ?
Aucune idée ! On s’est longtemps demandé s’il y avait des spécificités francophones mais je serai bien en peine de répondre à cette question. Il y a, c’est certain, des imaginaires différents en fonction du pays dans lequel l’intrigue se situe. New York n’est pas Paris, les distances entre les villages canadiens sont bien plus grandes que pour les villages français etc. Il y a des traditions et des histoires cultures différentes aussi. Mais tous les auteurs français ne situent pas leur romans à Paris et les américains à New York. Les frontières entre les pays en terme d’imaginaire sont désormais poreuses et floues… Chacun porte aussi son histoire culturelle pour mieux y puiser son inspiration ou s’en démarquer…

Qu’est ce qui fait un bon livre pour vous, un livre que vous avez envie de dévorer en tant que lecteur/lectrice et de publier en tant qu’éditeur/éditrice ?

C’est un avis personnel, mais j’aime les romans qui ont du rythme, avec des personnages forts, et qui m’embarquent tout de suite. Et puis les idées, une excitation intellectuelle qui peut me porter, ainsi qu’un regard sur le monde… En revanche, je suis moins sensible aux romans d’ambiance… Tout cela bien entendu est à prendre avec des pincettes. Parfois les romans nous emportent même s’ils ne correspondent pas a priori à nos goûts personnels…

Quelles seraient les qualités d’écriture que vous rêveriez de trouver dans un manuscrit d’auteur inconnu parvenant dans la boite aux lettres de votre maison d’édition ?
Une très jolie plume, avec du rythme, peu de longueurs, et un style capable de susciter de belles images et des idées.

Avez-vous senti une évolution dans les manuscrits que vous recevez depuis votre lancement ?
Non pas forcément, même si je suis toujours épaté par la vitalité des auteurs et les idées que l’on trouve dans certains manuscrits.

Quelle est la part de « 1er romans » français de votre offre éditoriale annuelle ? Pourquoi ?
Cela dépend des années. En 2018, on n’aura pas de premier roman mais plusieurs « deuxièmes » romans (Isabelle Bauthian, Marie-Catherine Daniel, Alex Evans)… On organise d’ailleurs avec les Indés de l’imaginaire une opération « Les pépites de la fantasy » en février, chacun d’entre nous s’engageant à publier un premier ou un deuxième roman d’un auteur francophone…

Les auteurs anglo-saxons sont formés à la narration littéraire, à l’art de raconter des histoires, et ce dès l’école primaire. Est-ce que pour vous, cela produit un formatage dans les livres écrits dans la sphère anglo-américaine ? Ou de meilleurs narrateurs ?
Je n’en suis pas certain. En fait si on a parfois une impression de formatage, il faut aussi s’interroger sur ce qui est traduit en France et ce qui se vend en termes de marché. J’ai le sentiment qu’il y a de moins en moins de formatage parce qu’il faut de plus en plus de romans qui se distinguent… Les éditeurs tentent de plus en plus des « coups » comme Ken Liu au Bélial ou David Walton chez Actusf.

Que penseriez-vous de l’idée de proposer en France des formations à la narration littéraire équivalentes à celles dispensées aux étudiants anglo-saxons ?
Je ne sais pas s’il faut les copier, mais offrir aux auteurs de quoi travailler sur leur écriture et sur leur imaginaire ne peut être qu’une bonne chose.

Pour vous, le succès d’autres formes narratives (les séries télé, les jeux vidéos,… ) fait il perdre des lecteurs ?  Ou, au contraire amènent-elles des lecteurs vers des romans ou genres littéraires dont elle sont souvent inspirées ?
Malheureusement il n’y a pas de ruissellement. Le succès d’un Game of Thrones ne fait pas exploser les ventes de fantasy (mais du Trône de Fer, si). Le succès de Star Wars ne fait pas décoller les ventes de la science fiction. Si un succès en série ou au cinéma booste les livres dont ils sont tirés, il ne booste pas le genre dans son ensemble. Mais c’est normal, la difficulté, c’est que tous ces loisirs sont en concurrence les uns avec les autres pour s’approprier le temps libre de chacun d’entre nous.

La narration littéraire a-t-elle des cartes à jouer face à ces nouvelles formes de distractions, pour vous ? Lesquelles ?
Oui, le livre reste un loisir puissant qui a des qualités et suscite des émotions propres. La question, c’est comment développer la zone d’appétition des lecteurs en leur donnant envie de lire encore et encore. C’est aux auteurs de se poser la question et aux éditeurs. A l’origine de certains grands succès en série, au cinéma ou en jeux vidéos, il y a des livres, ce qui montre bien la puissance des mots. A chacun de bosser, de ciseler ses textes pour les rendre les plus forts possibles.

Pensez-vous, qu’aujourd’hui, le problème n’est pas de former plus d’écrivains, mais de former des lecteurs, car il y en a de moins en moins ?
Le livre reste la première industrie culturelle en France et les dernières études montrent que les français restent très attachés au livre et continue à en lire. Et puis les auteurs sont souvent des lecteurs… Les principales questions portent sur l’organisation du marché, la surproduction et concurrence des loisirs. La clef de l’équation est quelque part là dedans.
Et je trouve qu’avoir beaucoup d’auteurs aspirant à être publié est une bonne chose. C’est un joli signe de vitalité…

 

 

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Voir notre interview vidéo de Jérôme Vincent, directeur des Editions Actusf

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