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Le fonctionnement d’une maison d’édition : Les éditions Le Clos Jouve

Par : Roxane Fallot

Fréderick Houdaer, auteur et formateur aux Artisans de la Fiction nous parle de sa maison d’édition : Les éditions le Clos Jouve. Il revient sur la création de cette maison d’édition et sur la collaboration, essentielle, entre éditeur et auteur.

 

Créer une petite maison d’édition en 2019 pouvait paraître audacieux. Mais, fortes d’une ligne éditoriale à contre courant, Les éditions du Clos Jouve ont remporté leur pari. Frédéric Houdaer co-fondamteur des éditions du Clos Jouve nous explique le projet éditorial et nous détaille comment fonctionne la sélection des manuscrits au sein de cette ambitieuse maison d’édition.

Quel a été le point de départ de votre maison d’édition ?

Fréderick Houdaer : Un constat partagé avec mon camarade Philippe Bouvier (nous avons créé les Editions Le Clos Jouve à deux), une sorte d’état des lieux fait autour de notre cinquantième année. Je sortais de douze années dans la petite édition, j’avais eu en charge une collection de romans francophones puis une collection de poésie chez deux petits éditeurs différents, j’avais sorti une trentaine de titres en tout.

Philippe Bouvier, lui, sortait d’un parcours aussi riche et éreintant, mais dans un tout autre domaine : celui du syndicalisme et du travail d’expertise dans le domaine de la santé au travail. Il avait révélé ses capacités éditoriales en s’occupant du « Grain de sel » sur Internet, au départ simple (mais historique) journal « des communistes de la Croix-Rousse », mais en parvenant à agréger de nombreux auteurs autour de lui, la plupart non encartés voire non-lyonnais, dont des poètes comme Michel Thion… et des légendes vivantes de l’histoire de l’édition comme Gérard Guégan (premier traducteur et éditeur de Bukowski en France). Cela faisait des années que je disais à Philippe Bouvier qu’il était un éditeur dans l’âme, qu’il devait créer sa maison d’éditions. Il y a mis ses conditions : qu’on le fasse ensemble (même si l’apport financier est venu de lui).

 Aviez-vous déjà entre les mains des manuscrits que vous souhaitiez publier au lancement ?

Fréderick Houdaer : Oui, deux des auteurs que nous venons de publier au « Clos Jouve » étaient initialement prévus dans la collection « poésie » dont je m’occupais au Editions Le Pédalo Ivre. Signalons notamment Sammy Sapin et son « J’essaie de tuer personne », poésie-documentaire d’une petite centaine de pages sur son métier d’infirmier. Un recueil très bien accueilli.

Avez-vous lancé un appel à manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Non.

Qu’est ce qui a suscité l’arrivée de manuscrits dans votre maison d’édition ?

Fréderick Houdaer : Philippe Bouvier et moi-même (qui n’avons pas les mêmes réseaux, d’où l’importance de les croiser) avons appris à nous servir… des réseaux sociaux. Premier résultat : la page Facebook des « Editions Le Clos Jouve » a dépassé les 7000 lïkes en à peine deux mois !

Combien de manuscrits recevez-vous ?

Fréderick Houdaer : Deux par semaine, pour l’heure. Ça reste gérable.

Quelle est la charge de travail représentée par la lecture de ces manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Cela peut être très rapide comme très long. Nombre des manuscrits que nous recevons sont très éloignés de notre ligne éditoriale (pourtant précisée sur notre site, voir réponse un peu plus bas). De toute façon, la règle d’or pour nous est « l’unanimité à deux », dans tous les domaines. Du choix initial du papier, par ex., aux textes que nous retenons.

Acceptez-vous uniquement les manuscrits papier ? Pourquoi ?

Fréderick Houdaer : La version papier est préférable. Nous passons suffisamment de temps comme ça devant nos écrans.

Renvoyez-vous les manuscrits qui vous sont adressés s’ils sont accompagnés d’une enveloppe affranchie ?

Fréderick Houdaer : Oui.

Pensez-vous que joindre une lettre au manuscrit soit utile ?

Fréderick Houdaer : Une brève présentation de l’auteur(e), (de son éventuelle biblio) et du travail qu’il nous propose, oui. Mais que cela tienne en une page grand maximum.

Quels sont les manuscrits qui vous horripilent le plus ?

Fréderick Houdaer : Ceux envoyés par des personnes qui ne se sont visiblement pas intéressés à ce que nous avons déjà publié au Clos Jouve, qui n’ont même pas regardé notre site Internet où notre ligne éditoriale est clairement expliquée, la spécificité de chacune de nos collections, etc.«

Un éditeur, ça se définit par son catalogue. » (François Maspero dixit).

Quel est le plus gros problème que présentent les manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Ils sont écrits par des gens qui n’ont visiblement pas lu grand-chose. Et qui sont donc illisibles, ou présentent fort peu d’intérêt.

Quels sont les problèmes d’écriture de ces manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Louis-Ferdinand Céline parlait du « manque de travail ». Trois mots qui résument bien des choses.

Sentez-vous une réticence à retravailler un texte de la part des auteurs que vous publiez ou au contraire une demande ?

Fréderick Houdaer : Il est le plus souvent nécessaire qu’un dialogue s’engage entre l’auteur et son éditeur, autour de son texte. Quatre de nos cinq premiers titres ont été retravaillés, tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la composition (l’une de nos collections est réservée aux recueils, et le « faire recueil » comme je l’appelle n’est pas toujours évident pour un auteur, même doué, une fois qu’il a regroupé une centaine de textes en croyant « y être parvenu »).

Préférez-vous passer une commande à un auteur dont vous connaissez le travail plutôt que de recevoir des manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Quand on s’intéresse au travail de certains auteurs depuis des années, il est naturel de se tourner vers eux pour engager une collaboration. Ce n’est pas du copinage. Après… le Clos Jouve a publié les premiers livres de trois auteurs (Jindra Kratochvil, Judith Wiart et Michel Sportisse). Mais nous avions déjà repéré le travail de ces trois personnes sur Internet.

Avez-vous d’autres moyens de repérer de nouveaux auteurs autre que la réception des manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Internet et les revues.

Comment vous êtes-vous formé au travail d’éditeur et au travail de ré-écriture que ça demande ?

Fréderick Houdaer : Sur le tas. En lisant beaucoup. Et en refaisant certains livres peu convaincants que je lisais (comme on peut refaire le film, en sortant du cinéma).
En tant qu’auteur, j’ai souffert que certains de mes éditeurs ne m’aient pas invité à « revoir ma copie ». Mon dernier éditeur par contre (« Le Dilettante ») a fait ce boulot.

Quand vous êtes face à un manuscrit qui vous intéresse mais qui n’est pas totalement abouti, que faites-vous ?

Fréderick Houdaer : Je me retrousse les manches. Et j’invite l’auteur à en faire de même.

Qu’est ce qui fera au final pencher la balance en faveur de tel manuscrit ?

Fréderick Houdaer : La première impression à la première lecture du manuscrit + en cas de retravail nécessaire (ce qui est le cas quatre fois sur cinq), la qualité du dialogue entamé entre éditeurs et auteur, l’écoute de part et d’autre, l’humilité (au sens « technique » et non « moral ») mise en œuvre autour du livre à naître.

Aimeriez-vous que les auteurs puissent se former en amont afin d’éviter de vous envoyer les manuscrits non aboutis que vous recevez ?

Fréderick Houdaer : Certainement. L’éditeur est un accompagnateur pour l’auteur qu’il a choisi, pas un papa ou une maman. C’est la responsabilité de l’auteur de se frotter le plus tôt possible à la réécriture de son travail, c’est son privilège également. Et s’il a la possibilité de se former…

Par rapport au travail que représente la sélection d’un manuscrit, le travail sur l’achat et la traduction d’un livre déjà publié est-il plus simple ?

Fréderick Houdaer : Aux éditions le Clos Jouve, nous avons eu deux cas de figure.
Nous avons réédité « Portraits perdus d’Antoine Vitez » du grand critique de théâtre Jean-Pierre Léonardini. L’ouvrage était devenu introuvable, son premier éditeur ayant baissé le rideau. La réédition n’a posé aucun problème.

Nous avons dû par contre renoncer à publier une poétesse amérindienne remarquable. Sans compter les frais de traduction, son agent (aux States, certains poètes ont des agents littéraires !) réclamait une somme d’argent impossible pour nous.

Envisageriez-vous de ne publier plus que des traductions ou des rééditions ?

Fréderick Houdaer : Nous continuerons à publier ET des rééditions ET des textes inédits. Pour les traductions, nous verrons.

Quelles seraient vos recommandations aux auteurs envoyant des manuscrits ?

Fréderick Houdaer : Intéressez-vous à notre ligne éditoriale, déclinée en trois collections et bien présentée sur notre site !

Si vous aviez la possibilité d’être entendue par ceux et celles qui envoient des manuscrits, que leur diriez-vous ?

Fréderick Houdaer : N’envoyez jamais un manuscrit comme une bouteille à la mer. Choisissez avec soin les éditeurs que vous sollicitez. Lisez, écrivez le plus possible (mais je crois qu’un certain Stephen K. l’a déjà dit). Et, pour citer un autre auteur, Pierre Lemaître « l’écriture n’existe pas, il n’existe que la réécriture ».

Merci aux Artisans !

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