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Le Recueil des élèves 2025-2026 est en ligne

Soixante-treize nouvelles écrites, démontées et réécrites pendant une année entière. Des poussins triés à la chaîne, une reine des abeilles qui ne sait plus décider, un gobelin qui voudrait juste boire sa tisane, et le passeur des morts qui se met à pleurer. Le Recueil des élèves 2025-2026 est en ligne (dans le dossier partagé de tous nos élève) — et on vous explique pourquoi lire des textes d’apprentis vous apprendra plus que dix manuels.


Soixante-treize nouvelles. Quatre niveaux de formation. Une année entière de travail, rassemblée d’un bloc.

Chaque été, nous relisons l’intégralité des textes produits pendant l’année écoulée. C’est un rituel, et ce n’est pas toujours confortable. Comme le dit l’introduction du recueil :

« Est-ce que ce que nous nous apprêtons à lire va nous embarquer — non pas comme formateurs, mais comme lecteurs ? Y aura-t-il une histoire ? Ressentirons-nous quelque chose ? Les personnages tiendront-ils debout ? »

Traduction moins diplomatique, également tirée de l’introduction : « avons-nous fait notre travail ? Ou avons-nous été trop indulgents avec des textes inaboutis, déjà lus mille fois, limpides dans la tête de leur auteur et parfaitement opaques pour un lecteur anonyme ? »

Cette année, la réponse nous a plutôt mis de bonne humeur. Jugez plutôt.

Première année : le grand déballage

Thèmes libres, univers libres, personnages libres. Quarante et une nouvelles, et une variété réjouissante — des drames domestiques, de la science-fiction, du fantastique, de la comédie pure.

La danse du cervelas — Anne Ferrez. Cours de danse, années 70. Une professeure déploie devant une élève un sac plastique gris comme un torero sa cape.
Le repos du gobelin — Nadège Laforge. Un boss de donjon en plaid rose et chaussons à pompons essaie de se faire tranquillement une tisane. Des aventuriers surarmés déboulent. Encore.
À votre avis — Maxime Gilbert. Un pilote seul à bord d’un vaisseau minier, une sonde à 97 %, un astéroïde dehors. Et une caméra de surveillance qui montre quelque chose d’inattendu.
Dernière ligne droite — Dylan M. Un braquage de musée raconté à hauteur de plinthe. Les colonnes sont gigantesques, la chaussure du conservateur est un monument, et le chat n’est pas loin.
L’affaire des pélicans — Léa Fréhel. Quatre agents de l’environnement, un marais, des pélicans furieux, une photo qui devient virale. Le chef n’a pas apprécié.

Un extrait

Cui-couic, d’Orianne Delmarre, se passe dans un couvoir industriel. Une adolescente aide au tri des poussins pour la première fois. Son frère la regarde faire.

Une ressemblance troublante unissait la jeune fille émerveillée à cet être chétif, qu’elle levait comme un trophée. À côté, son frère roula des yeux désabusés.

— Peu importe, c’est un mâle.

Maryse plissa les sourcils. Yves l’ignora, visiblement pas d’humeur à démystifier sa sœur quant au sort des poussins mâles dans un élevage de poules pondeuses.

La suite du texte ne dure que quelques paragraphes, et elle est impeccablement cruelle.

 

Deuxième année : Pinocchio, et rien d’autre

Ici le cadre se referme. Quarante élèves répartis sur quatre groupes reconstruisent collectivement l’univers des Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi, puis passent huit mois à en tirer des variations sous contrainte de schémas narratifs exigeants. L’introduction compare la situation à celle d’un peintre médiéval qui n’aurait droit qu’au Christ, à la Vierge et au chemin de croix — avant d’ajouter : « On pourrait y voir un déficit de liberté et d’originalité. C’est exactement l’inverse. »

Vingt-deux nouvelles, et une densité impressionnante.

Du charbon naîtra l’or — Anne-Sophie Tranchet. Un sculpteur humilié par la cour du Duc, un atelier rempli d’oiseaux de bois articulés, et une pie qui déploie ses ailes au bon moment.
Un sacré symbole — Carine Perrot. Un pantin se réveille au fond d’une mine, sous une montagne de corps de bois. Ce qui suit ressemble beaucoup à une révolution — et à ce qu’il en advient.
Au Pays des Jouets, on y entre à cloche-pied — Sofia Hedjam. Des soldats de plomb tous les dix pas, une haie de ronces couverte de mûres délicieuses, et un renard en costume d’arlequin qui tourne la manivelle.
Du bois et de la poudre — David Chirio. Le succès, puis l’appétit, puis l’atelier silencieux où un vieux sculpteur est assis par terre, entouré de trois figures de bois qui ressemblent à une femme et deux petites filles.

Un extrait

Gouverner, c’est décider, d’Anne Perrocheau, ouvre sur une souveraine dont le métier consiste à trancher — et qui, du jour au lendemain, n’y parvient plus.

Il était une fois une reine des abeilles qui régnait sur la grande ruche de la forêt. Elle rendait la justice selon les règles de ses aïeux : « Gouverner, c’est placer l’intérêt de la ruche avant tout ! ». Un jour, elle dut prononcer le renvoi d’une abeille étrangère, puis condamner cinq grillons mutins à l’amputation de leurs pattes, et enfin bannir une vieille abeille ouvrière devenue impotente. Rien d’anormal, la paix du royaume est à ce prix. Mais elle dormit mal cette nuit-là et, le lendemain, elle s’aperçut qu’elle ne savait plus prendre une décision, aussi futile soit-elle.

S’ensuit un voyage initiatique où chaque étape lui apprend, par l’expérience, ce que ses décisions coûtaient aux autres.

 

Troisième année : une heure chrono

C’est l’année où l’on n’écrit pas. Deux romans disséqués, la mythologie grecque, dix-huit intrigues types à maîtriser. Puis, en évaluation : une nouvelle construite et rédigée en une heure, sans retour des formateurs.

Huit textes, et il faut le dire franchement : ce sont des copies d’examen qui n’en ont pas l’air.

Le Titan Bienheureux — Marie Zimmer. Prométhée enchaîné, un rossignol épuisé qui se pose sur son épaule, et une amitié qui dure jusqu’aux premières neiges.
Les larmes de Psyché — Assia Baka. Pourquoi les larmes des hommes sont salées. La réponse passe par une statue de sel et un arc dont l’or a terni dans les eaux du Styx.
Un minuscule cœur noir — Laure Perlot. Une araignée tisse entre les branches d’un bosquet de femmes-arbres. Au printemps, quelque chose repousse sur les souches.
Pour qui sonne la lyre — Rémi Mézik. Une statue d’Orphée sur la colline des Muses, des arbres qui se penchent pour écouter, et une dryade aveugle qui lit un visage de marbre du bout des doigts.

Un extrait

Les Larmes de Charon, de Sophie Clamadieu, imagine le passeur des morts pris d’une compassion nouvelle pour le monde des vivants.

Une nuit, un Corbeau vole au-dessus du Styx. Déméter lui a confié un message à transmettre à Perséphone, mais il a pris du retard. L’hiver a malmené son vieux corps. Fatigué d’avoir volé toute la journée dans un temps glacial, il vient se poser sur la barque, au pied de Charon. Alors qu’il s’endort, des gouttes d’eau tombent sur lui. Le Corbeau lève la tête et voit des larmes couler des yeux du vieil homme.

Charon va ensuite demander au corbeau une faveur, puis une autre, puis une autre. Chacune lui coûte un peu plus. Rappel utile : ce texte a été écrit en soixante minutes.

 

Writing Boot Camp : le grand saut

Douze feuillets et une note d’intention soumis sur huit séances, tout en analysant les projets des autres. Des centaines d’heures. L’introduction ne fait pas de publicité mensongère : « C’est vertigineux. On a la trouille. On découvre que ce qu’on avait dans la tête ne sort pas. »

Pour la première fois, trois autrices partagent un chapitre de leur livre en cours : Dominique Buthod-Garçon (Et Marie chante, Savoie 1925), Maria Lerate (Voodoo Blues, réalisme magique et IA démoniaque) et Hélène Berly (Rossella, extrait d’Effacement, où les gens disparaissent morceau par morceau).

Un extrait

Effacement, le projet d’Hélène Berly, se déroule dans un futur proche où apparaît une maladie étrange : les membres des personnes atteintes s’effacent, d’abord brièvement, puis de plus en plus longtemps, jusqu’à l’invisibilité totale. Le livre suit une série de vies ordinaires que la maladie vient révéler.

Turin, novembre 2030. Rossella, soixante ans, agente d’entretien dans une maison de retraite, vient d’apprendre en visioconférence que son fils, installé à Montréal, va être père dans deux mois — et qu’il ne veut plus la voir.

Un immense sentiment d’injustice l’envahit. Elle avait donné toute son énergie pour les siens, toute sa vie à répondre aux besoins des uns des autres. Tout l’amour de son cœur, ses pensées, son temps, tout avait été dirigé vers lui, son fils. Ces dizaines d’années à travailler à la maison de retraite comme agent d’entretien, à récurer les sols, les traces de caca, pipi ou autre insanité… toutes ces journées à guetter le moment où il n’y a personne dans les chambres, travailler rapidement, sans faire de bruit, sans être vue. Puis rentrer à la maison, avoir déjà pensé à tout, tout faire rapidement, pour être disponible ensuite pour son fils, pour son mari, pour écouter leur journée, leurs préoccupations, leurs besoins. Elle avait appris à être la douceur invisible.

Invisible.

Son corps lui faisait mal. Un énorme nœud se serrait dans sa poitrine et irradiait douloureusement son ventre. Elle voulut relever ses mains devant elle, mais ne vit que ses manches. Comme elle le craignait, ses mains s’étaient effacées. Parfaitement effacées.

Tout le projet tient dans ce basculement : la métaphore devient littérale au moment exact où le personnage la formule.

 

Le concours : comment ça marche

Un prix est décerné à la meilleure nouvelle de chaque année : une journée de formation au choix — journée outil ou journée de genre.

Qui vote ? Les élèves et anciens élèves des Artisans de la Fiction, exclusivement. Y compris celles et ceux qui n’ont pas déposé de texte, ou qui ne poursuivent pas le cursus : ils ont vu ces histoires naître en atelier et sont les mieux placés pour juger de ce qui fonctionne.

Ce qu’il faut lire. Les nouvelles de son année, plus les textes du Writing Boot Camp. Les autres années sont libres — et vivement recommandées.

La condition. Pour concourir, il faut voter. Il n’est pas question chez nous de se faire lire sans lire les autres.

Le vote se fait via un formulaire en ligne, dont le lien est communiqué par mail. Date limite : le 24 septembre à minuit.

Les gagnants seront révélés lors de nos portes ouvertes, le samedi 26 septembre de 17h30 à 19h30, 10 rue du Chariot d’Or, Lyon 4. Entrée libre — venez rencontrer les auteurs, l’équipe et les élèves des promotions précédentes.

Pourquoi on fait ça

Nous constatons chaque année que peu d’élèves font l’effort de lire ce qu’écrivent leurs camarades. C’est dommage, et d’abord pour eux. On apprend énormément à lire des textes d’apprentis — bien plus, parfois, qu’à lire des chefs-d’œuvre. Parce qu’on y voit à nu ce qui accroche et ce qui décroche, ce qui tient debout et ce qui s’effondre à la troisième phrase. On y repère les mécanismes qu’on est soi-même en train de rater. C’est une école de lecture qu’on ne trouve nulle part ailleurs, et elle est gratuite.

Le concours n’est là que pour y amener les lecteurs.

Alors prenez le temps. Le recueil est maquetté avec soin, chaque nouvelle est illustrée — certains élèves le font même imprimer et relier en un exemplaire pour en avoir un objet physique entre les mains. L’idée est excellente.

Et comme le dit l’introduction, avec une recommandation qui vaut pour tout lecteur :

« Le lecteur, en principe, se fiche éperdument de l’auteur : il veut être entraîné, et quand il ne l’est pas, il peut le prendre assez mal. C’est son droit. Mais souvenez-vous qu’il s’agit ici de travaux d’apprentis, et que la plupart n’en sont qu’au début d’un chemin très long — celui qui les mènera peut-être, un jour, à combler leurs lecteurs comme de vrais artisans et artisanes de la narration. »

Bonne lecture.
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Si vous désirez vous former à la narration, et à l’écriture narrative nous vous recommandons les formations suivantes : 

 

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