Adresse : 10 rue du chariot d’or, 69004 Lyon
Mail : contact@artisansdelafiction.com
Tél. : 04.78.29.82.07

 

Permanences téléphoniques et accueil :
les mercredis de 14h à 18h (hors vacances scolaires)

Nous suivre sur les réseaux
S’inscrire à notre newsletter

Écrire un chapitre par jour – Nadia Coste


Dans le paysage foisonnant de la littérature jeunesse et young adult, Nadia Coste fait figure de stakhanoviste inspirée. Avec trente-six romans publiés depuis 2011, explorant la science-fiction, la fantasy, le fantastique, l’horreur et le réalisme, l’autrice de 46 ans a su imposer sa voix. Pourtant, derrière cette impressionnante productivité ne se cache aucun secret magique, mais une discipline de fer, un sens aigu de la structure narrative et une foi inébranlable dans l’art de la réécriture.

L’illusion de la vitesse : un chapitre par jour, mais des années de maturation

Lorsqu’on examine le rythme de travail de Nadia Coste, un chiffre donne le vertige : un chapitre par jour lors de la phase d’écriture pure. Une rapidité qui pourrait s’apparenter à de l’improvisation si elle n’était pas précédée d’un immense travail de l’ombre.

« L’écriture pure va très vite de mon côté, j’écris vite, sinon je n’aurais pas fait autant de bouquins en si peu de temps. Mais j’écris globalement un chapitre par jour, ce qui fait qu’il y a certains romans qui font dix chapitres, j’ai mis dix jours pour les écrire. Après, ça n’empêche pas qu’il faut des années entre la première idée et le moment où le roman va sortir. »

Ce paradoxe s’explique par une préparation minutieuse. Avant de taper le premier mot, l’autrice laisse l’idée infuser, accumule la documentation sur de longues périodes et dessine les contours de son univers, y compris dans ses dimensions les plus réalistes ou scientifiques (comme ses recherches prospectives sur l’érosion des côtes françaises pour ses récits d’anticipation).

Surtout, Nadia Coste ne part jamais à l’aventure sans boussole : elle s’appuie sur la structure classique en trois actes et un plan précis d’une phrase par chapitre. Sa règle d’or est absolue : « Je n’écris pas tant que je n’ai pas ma fin. »

Le personnage par la souffrance et l’expérimentation du point de vue

Contrairement à de nombreux auteurs de l’imaginaire, Nadia Coste délaisse les fiches d’identité physiques et superficielles de ses protagonistes. Ce qui l’importe, c’est l’ADN psychologique et l’arc transformationnel.

« Je ne fais pas du tout de fiches de personnages du type il a les yeux bleus, il fait un mètre soixante… Enfin, on s’en fout en fait. Globalement, ce qui va m’intéresser, c’est ses valeurs. Qu’est-ce qui lui fait peur ? (…) Pour moi vraiment, le personnage principal c’est celui qui évolue le plus ou celui qui souffre le plus pendant toute cette aventure. »

Cette approche organique la conduit parfois à de profonds réajustements. Elle confie s’être déjà trompée de personnage principal au cours d’un premier jet, l’obligeant à réécrire intégralement le manuscrit sous un autre angle pour trouver la véritable tension dramatique du récit.

Cette flexibilité se retrouve dans sa gestion de la voix narrative. Nadia Coste ne s’enferme dans aucun automatisme et procède par tâtonnements — testant le « je » ou le « il/elle », le passé ou le présent — pour servir au mieux l’intrigue et offrir au lecteur un espace d’enquête intellectuelle stimulant.

L’art de la réécriture et le détournement des clichés

Si le premier jet s’apparente chez elle à un sprint, le véritable travail d’artisan commence juste après. L’autrice n’hésite pas à remettre l’ouvrage sur le métier, son premier roman ayant par exemple exigé huit versions complètes avant de trouver un éditeur. Pour son ouvrage La Cité du savoir, elle a passé cinq ans à sculpter la matière textuelle, coupant jusqu’à trois cents pages pour condenser deux tomes en un unique volume percutant.

Cette exigence lui permet de s’emparer des codes littéraires traditionnels (les tropes) non pas pour les subir, mais pour jouer avec eux. Qu’il s’agisse de renouveler le mythe du vampire à travers le prisme de la Préhistoire ou de subvertir le cliché de l’Élu en fantasy (dans sa saga Fedeylins), l’autrice applique une philosophie claire :

« Tout a déjà été fait, mais jamais à ma façon. Donc il faut trouver. Ce n’est pas parce que ça existe déjà qu’il ne faut pas le faire. Il faut voir comment on le fait. »

Une « végane de l’IA » : l’appel à la résistance cérébrale

Formée par les relectures critiques, la découverte d’ouvrages théoriques (Yves Lavandier, John Truby) et le travail de script-doctoring auprès de l’auteur Christophe Lambert, Nadia Coste perçoit l’écriture comme un muscle qui s’entraîne par la régularité. Son conseil aux débutants est pragmatique : sacraliser ne serait-ce qu’une heure par semaine pour passer du statut de celui qui veut écrire à celui qui écrit.

C’est fort de cet amour pour l’effort intellectuel et l’artisanat humain qu’elle pose un regard particulièrement inquiet sur l’essor des intelligences artificielles génératives dans le milieu créatif et scolaire. Se définissant avec humour comme une « végane de l’IA », elle s’alarme du pillage des données des auteurs (treize de ses propres romans ayant été intégrés à des modèles sans son consentement) mais surtout du renoncement cognitif des jeunes générations.

« Je suis assez inquiète quand (…) des gamins ne font plus de recherches par eux-mêmes, n’essayent même plus de réfléchir par eux-mêmes, parce qu’ils ne se font pas confiance en fait. Et ils ont les capacités à réfléchir eux-mêmes, à trouver des idées tout seul. Et le fait de ne pas se faire confiance et de laisser la machine faire, on voit bien à quel point le cerveau se ramollit. »

Pour Nadia Coste, l’histoire demeure un espace de liberté et de construction humaine, un exutoire rigoureux où l’originalité naît précisément de nos doutes, de nos essais à la main, et de notre capacité à polir le texte, version après version.

Si vous voulez vous former à l’écriture, nous vous recommandons nos formations suivantes :

 

Aller à la barre d’outils