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Écrire un roman : les 5 erreurs à éviter

Par : Lionel Tran

Les Assises Internationales du Roman est un moment idéal pour rencontrer des écrivains et discuter du métier. Auteurs connus, écrivains de best-sellers mais aussi écrivains plus confidentiels, professeurs de creative writing… tous les auteurs ont été des débutants ! Ils ont fait des erreurs, se sont lancés dans des projets trop ambitieux et ont dû eux-même poser des questions à des auteurs plus expérimentés. Voici les 5 erreurs qu’ils conseillent d’éviter lorsque l’on essaye d’écrire un roman. 

 

Voici donc les cinq erreurs à éviter avant d’écrire votre roman tête baissée !

1 – Vouloir protéger sa voix à tout prix

Une erreur courante de l’écrivain-débutant est d’être obnubilé par l’idée de trouver sa propre “voix”. Il faudrait à tout prix avoir un “ton”, forcément original, puis tout faire le protéger jalousement… avant même de se demander quelle histoire on veut raconter et quelle émotion on veut faire passer au lecteur !

Matthew Neill Null, auteur et professeur de creative writing, témoigne de ce paradoxe qu’il observe régulièrement chez certains de ses élèves :

Matthew Neill Null : Je ne comprends pas quand mes étudiants me disent, pour justifier leur refus de lire les livres des autres, qu’ils préfèrent protéger leur voix. Les livres sont faits de livres. Sans Shakespeare, vous n’auriez ni Melville, ni Faulkner. Le problème critique de mes étudiants, c’est qu’ils ne lisent pas. Ils ne lisent pas de littérature.

Ne vous méprenez pas, la question de la “voix” et du style sont des aspects importants de l’écriture. Mais le travail sur le style est la dernière touche qu’on apporte à un roman, pas la première ! Il ne doit surtout pas passer avant la création d’une histoire intéressante, ou pire : être utilisé pour flatter l’égo de l’auteur.

2 – Se donner la place du héros

Un autre réflexe qu’on retrouve chez le jeune auteur est de se choisir lui-même comme principale source d’inspiration – en dépit d’un travail d’imagination, de fictionnalisation et de création.

Mick Kitson, auteur de nombreux romans traduits à travers le monde dont “Manuel de survie à l’usage des jeunes filles”, témoigne de cette habitude récurrente :

Mick Kitson : Pour avoir lu de très nombreux textes de jeunes auteurs et d’auteurs débutants, je pense que l’erreur la plus courante est d’écrire une chanson d’amour égotique. Ils font de la fiction à partir de leur propre expérience et se donnent la place du héros. Je le déconseille vraiment, à moins d’avoir une expérience de vie vraiment, totalement, hors du commun. Mais pour la majorité des auteurs, ça n’est pas le cas. L’écriture c’est d’abord un travail d’imagination créative. Il s’agit de créer quelque chose de qui n’a jamais existé avant.

Aux Artisans de la Fiction nous encourageons les apprentis-auteurs à puiser dans leurs connaissances et dans leurs expériences car cela fait souvent de récits forts. Mais nous rejoignons les propos de Mick Kitson : c’est dans le terreau de ses connaissances qu’on peut faire fleurir sa meilleure imagination, car la fiction est avant tout un travail (et un plaisir) de l’invention.

 

3 – Se contenter d’être original

Troisième erreur à éviter lors de l’écriture de son roman et qu’on retrouve très régulièrement chez les apprentis-auteurs : tout miser sur l’originalité ! Et, par la même occasion, sacrifier l’intrigue, le personnage et la clarté de l’histoire.

L’autrice et professeur de creative writing Jane Smiley, récompensée du Prix Pulitzer pour son roman “A Thousand Acres” nous rassure :

Jane Smiley : J’aime cette idée qu’on n’a pas d’autre choix que celui d’être original. Vous êtes forcément original, mais ça ne suffit pas : vous devez apprendre à rendre votre livre intéressant, agréable à lire — bien plus qu’être original.

Nous conseillons à nos élèves de ne pas s’inquiéter de l’originalité de leur écriture ou des thématiques qu’ils abordent : ce qui compte c’est d’abord de bien raconter une bonne histoire… Etre original, c’est encore l’étape au-dessus ! Il ne viendrait pas à l’idée d’un apprenti-architecte de faire une maison originale. D’abord, il doit maîtriser les bases de l’architecture… et c’est en maîtrisant ses bases qu’il trouvera le moyen, peut-être, des les contourner ou de les améliorer.

4 – Oublier l’univers narratif au détriment des personnages et de l’intrigue

Arrêtons-nous quelques instants sur la théorie de la pyramide inventée par Jane Smiley pour expliquer les étapes de l’écriture d’un roman.

A la base de la pyramide se trouve le langage : bien sûr, l’écriture d’un roman demande de connaitre sa propre langue et d’aimer les mots. Puis juste au dessus de la base du langage se trouvent l’intrigue et les personnages… là aussi, pas de surprise, sans histoire et sans personnages pour l’incarner, il n’ y a pas de roman possible.

Mais écrire un bon roman, va plus loin que la seule maîtrise du langage et de l’intrigue… et c’est une erreur souvent commise par les débutants dans l’écriture de fiction :

Jane Smiley : De nombreux livres s’arrêtent à la question de l’intrigue et des personnages. C’est souvent le cas pour les romans policiers, les thrillers ou les romances que vous achetez dans les grands magasins. Pour ces livres, ce qui compte c’est que les personnages soient crédibles et que l’intrigue soit surprenante. Le niveau suivant de la pyramide concerne l’univers narratif (setting). L’univers narratif change en fonction de la manière dont le personnage agit : par exemple, si je prends Don Quichotte et que je le place en 1604 en Grande Bretagne plutôt qu’en Espagne, l’histoire devient très différente car l’intrigue de Don Quichotte est chevillée à l’univers narratif dans lequel elle se déploie.

Jane Smiley encourage donc les jeunes auteurs à ne pas laisser de côté le travail sur l’univers narratif, c’est-à-dire le monde dans lequel se déroule le récit. Trop souvent, ce monde est sous-développé et sous-exploité, ce qui prive les intrigues d’ampleur, de richesse et de profondeur !

5 – Se projeter dans le futur

Enfin, une erreur bien souvent commise par les apprentis-romanciers c’est de mettre la charrue avant, bien avant, les bœufs. Bien sûr que la perspective d’être publié est un élément motivant pour se mettre au travail de façon sérieuse, mais il ne faut pas que cet objectif occulte le vrai travail du romancier : écrire un bon roman nécessite un long temps d’apprentissage. C’est un chemin qui demande du temps et beaucoup de tentatives avortées, comme pour toute création sérieuse.

Jane Smiley : Je n’aime pas que mes élèves pensent au futur, qu’ils se projettent. Je veux qu’ils se concentrent sur le travail. Ils savent où se situent leurs forces : quand on passe 10 semaines à discuter sur des versions de leurs histoires, ils finissent par avoir une idée assez claire de leurs forces en tant qu’écrivain. Une fois qu’on sait ça, la clé se situe dans la volonté de continuer à travailler.

Il s’agit donc de se concentrer sur l’apprentissage, l’écriture et la ré-écriture et de focaliser son énergie sur cette perspective plutôt que de se ruer sur la fin de son livre et la recherche effrénée d’une publication.

Pour aller plus loin

Vous vous reconnaissez dans ces erreurs courantes ? Pas de panique, elles sont tout à fait légitimes ! Et reconnaître ces cinq erreurs quand on veut écrire un roman c’est déjà apprendre à les éviter.

Alors si vous avez envie de vous former à l’art de la narration, nous vous proposons des stages thématiques, accessibles aux auteurs débutants et expérimentés : apprenez à reconnaître vos territoires d’écritures, à préparer et structurer un roman et formez-vous aux outils de base de la narration !

 

Si vous souhaitez aller plus loin, nous vous recommandons la lecture ou le visionnage des interviews intégrales de Mick Kitson, Jane Smiley, Cynthia BondDana SpiottaMatthew Neill Null et Jonathan Coe

Cet article est publié dans le cadre de l’édition virtuelle des Assises Internationales du Roman 2020

assises internationales du roman virtuelles 2020

 

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