
On est venu écouter un génie, on est reparti avec une boussole. Dimanche 11 octobre 2026, au Pathé Bellecour, Tsui Hark, l’homme qui a fait voler le cinéma de Hong Kong au-dessus de ses propres toits, a passé une heure et demie à esquiver les questions sur l’âme de son œuvre pour parler de ce qui l’intéresse vraiment : l’énergie, le jeu, la bêtise humaine et la meilleure manière d’en rire. Mises bout à bout, ses réponses forment un petit traité à destination des narrateurs actuels. Le voici.
Qui est Tsui Hark ? Le George Lucas de Hong Kong que la France a ignoré
Commençons par réparer une injustice. Tsui Hark est l’un des cinéastes les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle, et la plupart des cinéphiles français seraient incapables de citer un de ses films. Seules les quelques milliers d’amateurs formées par le label HK Vidéo, lancé en 1997 au sein de Metropolitan par Christophe Gans et les frères Hadida, et par la revue qui l’accompagnait, savent ce qu’ils lui doivent. Et ils le considère souvent comme le plus grand réalisateur en activité.
Il naît Tsui Man-kong le 15 février 1950 à Saigon (certaines sources disent 1951), dans une famille chinoise du Vietnam qui compte seize frères et sœurs. En 1966, il s’installe à Hong Kong pour fuir la guerre du Vietnam, où il fait son lycée, puis part étudier le cinéma au Texas : Southern Methodist University d’abord, University of Texas à Austin ensuite, dont il sort diplômé en 1975. C’est là qu’il troque son prénom contre Hark, le caractère 克, qui signifie « surmonter ». Ses camarades américains le surnommaient King Kong.
À New York, il participe à From Spikes to Spindles (1976), documentaire de Christine Choy sur l’histoire de Chinatown. En 1977, retour à Hong Kong, à la télévision : TVB, puis la chaîne CTV, où sa série de sabre The Gold Dagger Romance le fait remarquer. En 1979, premier long métrage : Butterfly Murders, hybride de film de sabre, d’enquête criminelle et de fantastique. Suivent, en 1980, Histoires de cannibales et L’Enfer des armes, deux brûlots qui font de lui la figure de proue de la Nouvelle Vague hongkongaise.

Quelques uns des nombreux films produits par la Film Workshop, société de production de Tsui Hark.
La suite tient du raz-de-marée. Comédies de studio (All the Wrong Clues, 1981), fantasy délirante (Zu, les guerriers de la montagne magique, 1983), puis les deux joyaux des années 1980, Shanghai Blues (1984) et Peking Opera Blues (1986). En 1984, il fonde avec la productrice Nansun Shi la société Film Workshop, d’où sortent Le Syndicat du crime de John Woo (1986) et Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung (1987). En 1991, Il était une fois en Chine, avec Jet Li, réinvente le film de kung-fu : il signe les trois premiers volets de la saga et le cinquième. Viennent ensuite Swordsman, Dragon Inn, The Blade (1995), un détour hollywoodien avec Jean-Claude Van Damme (Double Team, Piège à Hong Kong), le retour au pays avec Time and Tide (2000), puis l’ère des superproductions continentales : Détective Dee (2010), Dragon Gate (2011), La Bataille du lac Changjin (2021, coréalisé avec Chen Kaige et Dante Lam), et en 2025 Legends of the Condor Heroes: The Gallants, adapté de Jin Yong, premier film de sabre jamais lancé au Nouvel An chinois. Membre du jury cannois en 2004, il a coécrit et réalisé 45 longs métrages et en a produit (et bien souvent co réalisé) bien davantage .

Legends of the Condor Heroes: The Gallants (2025)
Autrement dit : un homme qui, depuis bientôt cinquante ans, poursuit un projet d’une ambition démesurée. Faire jeu égal, avec un cinéma populaire chinois, avec les meilleurs cinémas de divertissement du monde, sur leur propre terrain.
Le décor : une masterclass, un festival et un malentendu
La rencontre s’est tenue dimanche 11 octobre 2026, de 11 h à 13 h 30, dans le cadre de la 18e édition du festival Lumière, qui se déroule à Lyon du 10 au 18 octobre. Il faut remercier Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière et délégué général du Festival de Cannes, d’avoir mis Tsui Hark à l’honneur et souligné sa place dans l’histoire du cinéma. Le cinéaste, en repérage dans les environs, ne cachait pas son émotion de présenter ses films dans la ville des frères Lumière.
Un mot, pourtant, sur la forme de l’exercice. L’intervieweur, dont on taira le nom tant il a mené l’entretien avec bonne volonté et sincérité, a reproduit un travers bien français. Depuis que la classe de rhétorique a quitté le lycée, au début du XXe siècle, la fabrication des histoires n’est plus enseignée chez nous comme un savoir-faire. Il nous reste un rapport presque religieux à la création : on reçoit un roman, un film ou une série venus d’ailleurs comme une révélation sur l’essence de l’humanité, et l’on interroge leurs auteurs comme des oracles.
Or les narrateurs, quand on les écoute, sont des gens concrets. Ils parlent de leur travail, de leurs limites, de leurs échecs. On l’avait déjà vu avec Stephen King sur le plateau de La Grande Librairie : l’invité répond en artisan, l’émission tente un psychanalyste assez embarassante.
Dimanche, à force de se voir sommé de définir « l’identité du cinéma de Hong Kong », Tsui Hark a fini par renvoyer la salle à l’extrait de Time and Tide projeté en ouverture. On y voit un personnage soumis encore et encore à la même question, jusqu’à ne plus savoir ce qu’il dit. Le cinéaste venait, sans élever la voix, de mettre en scène la masterclass elle-même.
On interroge des narrateurs, on les fait rarement parler de narration. Réparons cela. Voici ce qu’un apprenti, ou un narrateur aguerri, peut retenir de ces quatre-vingt-dix minutes.
Un cinéma qui déroute : la pantomime à la vitesse de la lumière
Le premier contact avec le cinéma de Tsui Hark désarçonne. Quelque chose d’enfantin s’en dégage : gestes appuyés, mimiques de pantomime, besoins pulsionnels (se nourrir, trouver un toit, faire l’amour). Puis l’on s’aperçoit que ce cinéma va plus vite que le regard. Montage d’une vélocité folle, densité narrative vertigineuse, et sous la farce des thèmes d’une gravité extrême : guerres, effondrements, humanité au bord de ses limites, sommée de regarder l’avenir ensemble une fois les conflits surmontés.
Un conseil, donc : entrez-y en douceur. Essayez avec vos enfants, qui n’ont pas encore appris à mépriser leurs pulsions. Les premières minutes vous laisseront décontenancé ; c’est le prix d’entrée d’un rythme qui ne ressemble à aucun autre.
Premier principe : la comédie comme hygiène du monde
Les films de Tsui Hark sont souvent amers sur la nature humaine. The Blade, Time and Tide, la saga Il était une fois en Chine montrent des hommes qui passent leur temps à s’entre-déchirer, à se faire la guerre et à tout rater. Rien n’y est naïf. Et pourtant, la dominante de son œuvre reste la comédie, des premiers Shanghai Blues et Peking Opera Blues, projetés cette semaine à Lyon, jusqu’aux fresques les plus sombres.

Pékin Opera Blues, considéré par beaucoup comme le meilleur film de Tsui Hark, ressort au cinéma en octobre 2026.
Pourquoi ? Parce que, selon lui, le narrateur a une responsabilité envers le monde. Nous vivons aujourd’hui une bonne partie de notre vie sur Internet, a-t-il expliqué en substance ; nous perdons le contact avec notre perception directe, nous passons notre temps à réagir à des contenus conçus pour nous influencer, et nous ne savons plus ce que nous ressentons. Face à cela, le plus important est de cultiver l’humour et l’autodérision.
Il s’inquiète pour la jeune génération, exposée sur les réseaux sociaux à des modèles inatteignables, même au prix d’un travail acharné. Le risque est une forme d’anomie, au sens où Durkheim l’entendait : un désir sans prise sur le réel, et la tentation de se tenir en dehors de la vie. Sa réponse tient en une conviction. Quelle que soit la situation, même dans un pays en guerre permanente, l’humanité survit, et elle survit parce qu’elle sait rire d’elle-même.
« L’humanité survit parce qu’elle sait rire d’elle-même », Tsui Hark.
L’intervieweur a tenté de lui faire dire que ses personnages, seuls, sont des imbéciles, mais trouvent un sens une fois réunis. Tsui Hark a refusé la consolation : ensemble, nous sommes tout aussi bêtes. Il rejoint ici la plus vieille définition du genre. Aristote, dans la Poétique, voyait dans la comédie l’imitation d’hommes inférieurs à la moyenne, dont le ridicule tient à un défaut sans gravité ni douleur. Depuis Aristophane, il y a vingt-cinq siècles, la comédie ne prétend pas nous élever : elle nous montre nos limites, et c’est ce qui la rend précieuse. Northrop Frye en a tiré la grande loi dans Anatomie de la critique : là où la tragédie isole le héros, la comédie finit par réintégrer tout le monde dans la société. Rire de notre bêtise commune, c’est déjà faire communauté.

Une fabuleuse comédie culinaire par Tsui Hark.
La gravité, chez Tsui Hark, ne vient donc jamais d’une pose. Pas de fausse solennité, pas de musique qui nous dicte quand pleurer : la gravité naît de ce que font les personnages, de leurs erreurs, de leurs choix. C’est la leçon que Robert McKee martèle dans Story : un personnage ne se révèle que par ses choix sous pression.
Deuxième principe : écrire comme si c’était la dernière fois
Rien ne prédestinait Tsui Hark au cinéma, a-t-il raconté. Sa famille le voyait dans une carrière médicale. Au sortir de l’adolescence, il tourne en rond, jusqu’au jour où un ami lui demande ce qu’il fait de ses journées. Réponse : il regarde des films. Alors deviens cinéaste. Il ne sait pas comment s’y prendre. Il part au Texas sans le soutien des siens, enchaîne les petits boulots et les kilomètres de route pour payer ses études, se forme au documentaire à New York. Puis la télévision de Hong Kong l’embauche, et remet en cause, a-t-il dit, à peu près tout ce que l’école lui avait appris.

The Blade, le film le plus féroce de Tsui Hark, où même le jeu a de terribles conséquences.
Il n’a rien enjolivé de ce métier. Raconter des histoires, c’est composer avec le public, les financements, les investisseurs. Interrogé sur le montage d’extraits de ses films projeté en début de séance, il a répondu que c’était un cauchemar, et que s’il le pouvait, il referait tout. Survivre, faire des choses dont on n’est pas satisfait, devoir sans cesse recommencer : la difficulté est réelle. Mais il refuse le désespoir.
Son observation est simple. Le moment de la vie où l’on dispose du plus d’énergie et d’espoir, c’est l’adolescence, vers seize ou dix-huit ans. Ensuite, on entre dans la vie, on s’ancre dans une situation qui n’évolue plus, et l’on finit par se résigner, par se tasser.
D’où son premier conseil de narrateur : avant de se lancer dans une histoire, faire comme si c’était la dernière qu’on pourra raconter, et y mettre tout ce qu’on a. Et retrouver l’état d’esprit de la jeunesse, celui où tout semble possible.
« Avant d’écrire une histoire, faire comme si c’était la dernière qu’on pourra raconter », Tsui Hark.
On notera qu’il parle d’histoires, pas de cinéma. La nuance compte. La théorie française a longtemps fait du film l’empreinte quasi magique de la sensibilité d’un auteur. Ce que nous aimons au cinéma, pourtant, ce sont d’abord des histoires, capables de prendre mille formes.
Ce conseil se voit à l’écran. Les films de Tsui Hark se revoient dix, quinze fois, et chaque vision découvre une couche nouvelle : un tissage serré de personnages nombreux, de lignes narratives qui se croisent, se relancent, se répondent. Une histoire, dit-il, doit déployer un maximum d’énergie. Il a beaucoup parlé de jeu : garder un esprit ludique, retrouver dans le récit cette énergie de jeunesse, et parvenir à tourner en dérision tout ce qu’entreprennent les êtres humains, y compris soi-même.
Troisième principe : je suis tous mes personnages
À quel personnage s’identifie-t-il le plus ? Il a répondu en deux temps. D’abord : je suis tous mes personnages. C’est la condition du narrateur, qui incarne chacune de ses créatures sans en préférer aucune. Puis il a précisé qu’il adore rencontrer des gens atypiques, des êtres singuliers qui ne ressemblent à rien de ce qu’il a déjà vu, et que ces rencontres lui donnent envie de les faire entrer dans des histoires. Être toute l’humanité, et la donner à voir à travers des singularités : c’est toute la tension du travail de personnage.

« 7 swords », La fresque inachevée de Tsui Hark, dont l’ambition était d’égaler le Seigneur des anneaux.
Tsui Hark développe en permanence une multitude de projets, dont une petite partie seulement aboutit, ce qui ne l’empêche pas d’être d’une productivité étourdissante : jusqu’à quatre films par an dans les années 1990. Il travaille collectivement, en atelier, comme le nom de sa société l’annonçait. Et il revendique une méthode de combattant. Il s’est souvent lancé dans des projets au-dessus de ses moyens ; ses films étaient réussis aux deux tiers ; la fois suivante, il reprenait les mêmes thèmes et les mêmes techniques pour les améliorer. Une amélioration continue, avouée avec une ironie pleine de douceur.
Il a aussi évoqué l’intelligence artificielle, qu’il relie au même diagnostic : un monde devenu irréel, où l’on ne sait plus chaque jour ce qui est vrai, où l’on n’a plus de relation directe les uns aux autres. La mission des raconteurs d’histoires, dans ce monde, est de redonner du recul.
Longtemps, a-t-il confié, il s’est projeté cinq ans à l’avance. Aujourd’hui, il n’y parvient plus. Deux projets en découlent. Le premier, de science-fiction, prendrait une grande ville, Hong Kong ou Pékin, pour l’imaginer dans quelques années, dans un état semi-onirique : une manière de transmettre quelque chose à une génération qui lui semble manquer d’espoir. Le second raconterait la fin du monde en cinq jours. Que font les gens quand il ne reste que cinq jours à vivre ? Quels choix font-ils ? Et quel ridicule s’y loge ? Sa dernière scène est déjà écrite : le jour de l’apocalypse, les gens retournent au travail, parce qu’au fond il n’y a rien d’autre à faire.
Il a parlé d’optimisme, le regard brillant. Certains de ses amis cinéastes ont pris leur retraite, et ils ne sont pas heureux : ils s’ennuient. Quand on reste à attendre, a-t-il conclu, il ne reste que la peur. Il y a, dans ce septuagénaire qui n’en finit pas de recommencer, quelque chose du Roi Singe Sun Wukong, le héros farceur et indomptable de La Pérégrination vers l’Ouest. Il rêve d’ailleurs de le porter à l’écran, lui qui l’a déjà approché en réalisant Journey to the West: The Demons Strike Back (2017), sur un scénario et une production de Stephen Chow.

Journey to the West: The Demons Strike Back, l’ébauche d’une version du Roi Singe par Tsui Hark
Les quatre cercles de l’universel
C’est sans doute le moment le plus puissant de la rencontre, et il est né d’un refus. On aime volontiers les histoires venues d’autres pays avec un regard exotique, qui range les particularités culturelles dans de petites cases pour mieux nous sentir, nous, singuliers. Tsui Hark a balayé tout cela. Les histoires ont une dimension internationale, a-t-il rappelé : il a toujours vu des films du monde entier, nous voyons des films du monde entier, et ils parviennent à nous parler.
La vraie question est donc celle-ci : qu’est-ce qui, dans une histoire, peut toucher autrui ? Tout narrateur part de sa singularité, de son vécu, de la culture et du contexte dans lesquels il a grandi. Il veut d’abord parler de lui. Mais parler de soi ne fait pas forcément de place à l’autre. Tsui Hark a proposé une grille en quatre niveaux.
- La survie. Se nourrir, avoir un toit, aimer, être aimé. Mettre cela dans une histoire, c’est toucher l’universel, quelle que soit la culture.
- Les relations. Familiales, professionnelles, amicales, amoureuses. Même l’ermite le plus solitaire vit en relation avec quelques personnes. C’est ce que John Truby, dans L’Anatomie du scénario, appelle le réseau de personnages, structuré par son opposition à quatre coins : on ne comprend un personnage qu’à travers ceux qui le contredisent.
- La religion et la philosophie. Le niveau le plus difficile à rendre universel. On entre là dans des spécificités qui ne seront pas forcément intelligibles hors de la culture qui les a produites.
- L’esthétique. La structure des phrases pour l’écrivain, la musique, l’image pour le peintre, le graphiste, le photographe ou le cinéaste. Et cette dimension-là, selon lui, est universelle.

Green Snake, un des chefs d’œuvre de Tsui Hark
Les idées voyagent mal. Les besoins, les relations humaines, et les formes esthétiques sont universelles.
Le renversement mérite qu’on s’y arrête. On croirait volontiers que le style est ce qu’il y a de plus local, et les grandes idées ce qu’il y a de plus partagé. Tsui Hark affirme l’inverse : les systèmes de pensée restent prisonniers de leur langue, alors que le rythme, la composition, la forme circulent. C’est précisément là qu’il est un très grand raconteur d’histoires.
Acculé, il a tout de même fini par concéder une spécificité hongkongaise. Hong Kong, a-t-il dit, est un tout petit territoire où les gens vivent dans un stress constant. Sur le ferry, ils ont peur qu’il coule ; dès qu’il accoste, ils se précipitent comme s’ils fuyaient la catastrophe. À la sortie d’un avion, ils courent. Ses films ont été faits pour ce public-là, toujours sous tension. Voilà d’où vient ce rythme trépidant. Et, a-t-il ajouté, c’est quelque chose qu’on retrouve partout aujourd’hui. Même la spécificité locale, chez lui, finit par devenir universelle.

Time and Tide, Tsui Hark met en scène le chaos de Hong Kong
Refaire, toujours : la leçon que la masterclass n’a pas eu le temps de donner

La relecture par Tsui Hark de L’auberge du dragon de King Hu
Un dernier point n’a pas pu être abordé dimanche, et il éclaire tout le reste. Tsui Hark a passé sa vie à refaire les histoires qui l’avaient marqué jeune. Il voulait être dessinateur de bande dessinée, il allait énormément au cinéma, et il a repris les films de son enfance en les mêlant à d’autres, en les poussant vers la modernité. Il était une fois en Chine ressuscite Wong Fei-hung, héros d’innombrables films hongkongais depuis la fin des années 1940. Dragon Inn revisite Dragon Inn de King Hu (1967). The Blade réinvente Un seul bras les tua tous de Chang Cheh (1967). Shanghai Blues rend hommage aux comédies musicales du Shanghai d’avant-guerre.
Car un narrateur, a-t-il dit pendant la rencontre, doit toujours essayer d’être à la pointe, et faire mieux que ce qui s’est fait avant. Mieux, non pas en méprisant ses prédécesseurs, mais en les poussant dans leurs retranchements, en les enrichissant, en leur insufflant une énergie de jeunesse. C’est toute une conception de la tradition : non pas un musée qu’on visite, mais une caisse à outils qu’on reprend, qu’on aiguise et qu’on transmet.
Le mot de la fin : rire des précieux
Que retenir de cette masterclass ? On pourrait s’agacer du décalage entre des questions qui voulaient être des commentaires interprétatifs et un invité qui ne demandait qu’à parler métier. Mais Tsui Hark l’a dit : le monde ne va pas bien, vraiment pas bien, sur bien des plans. S’énerver d’un malentendu aussi futile serait manquer sa leçon. Prenons-le sous l’angle de la comédie.
Ces dialogues de sourds reviennent régulièrement. Il y a quelques années, aux Assises internationales du roman, à Lyon, une intervieweuse avait fini par demander à Russell Banks ce qu’était la réalité. L’écrivain américain, embarrassé, avait répondu qu’il n’en savait rien, et qu’il faudrait au moins Jean-Paul Sartre pour s’y attaquer. Il y a là toute la matière d’une scène de Molière : nos Précieuses ridicules modernes, si pleines de déférence envers l’auteur qu’elles en oublient de lui parler de son travail.
Alors, la prochaine fois que vous assisterez à une rencontre avec un écrivain, une autrice ou un cinéaste venu de loin, et que les questions tomberont à côté de la plaque, faites comme le conseille Tsui Hark : réjouissez-vous. C’est une scène de comédie, et vous êtes au premier rang.

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Puis allez voir ses films. Revoyez-les. Vous y trouverez ce qu’il a passé une heure et demie à nous dire : une histoire n’est pas une parole d’oracle. C’est un geste de survie, répété, amélioré, recommencé, avec l’énergie de ses seize ans et la lucidité de ses soixante-quinze.
Si vous désirez vous former à la narration, et à l’écriture narrative nous vous recommandons les formations suivantes :








